«Ce papier-pouvoir, le bulletin de vote, est aussi nécessaire à la femme que le papier monnaie.»
Hubertine Auclert.
L’autorité des électeurs
Pour être écouté des députés il faut avoir pour soi les électeurs. La puissance de ceux qui confèrent des mandats est même pour les mandataires qui n’en tiennent point compte, tellement grande, que les ministres eux-mêmes font consulter, par les préfets, les électeurs sur une réforme avant de vouloir exprimer leur opinion sur cette réforme et de faire adopter ou repousser les projets de loi qui sont, à son sujet, présentés. A l’exemple des maîtres du pouvoir, ces spoliées du droit politique, les femmes, ont voulu demander aux électeurs de recommander aux députés leurs revendications.
Des déléguées de la société «Le Suffrage des Femmes» sont allées à la Bourse du Travail faire appuyer, par une élite électorale, cette pétition réclamant la représentation de la nation:
«Messieurs les législateurs,
«Les Françaises, non représentées, n’ont personne pour défendre leurs intérêts dans les assemblées administratives et législatives.
«Nous vous prions d’assurer la représentation intégrale de la nation, en accordant aux femmes le droit de déléguer des mandataires au Parlement et à l’Hôtel-de-Ville.
«Si vous persistez à exclure l’élément féminin du droit commun politique, vous ne pourrez prendre que le nombre des électeurs pour base de l’élection des députés. Les Françaises point admises à conférer de mandats, ne devant pas logiquement être comptées pour établir les circonscriptions électorales.»
Les suffragistes, aussitôt, ont été comprises par les hommes très avertis qui constituent l’important syndicat des moyens de transports. En dépit du manque de plumes et d’encriers, des centaines de noms et d’adresses furent en peu de temps recueillies. Des citoyens voulaient tous à la fois apposer leur signature sur les feuilles réclamant le vote des femmes.