Tous les êtres, qu’ils soient d’un sexe ou de l’autre, étant en la société également, doivent avoir leur part de souveraineté afin de pouvoir pareillement s’ingénier pour se créer dans un milieu plus harmonique un meilleur sort.

Il y a un fait important qui va, maintenant chez nous, faire envisager le suffrage des femmes d’une tout autre manière par les députés. Jusqu’ici le vote des femmes avait été demandé par les femmes, afin qu’elles puissent au moyen de cet instrument d’émancipation changer leur sort; mais voilà que le vote des femmes est aujourd’hui réclamé... par les hommes!

Le vote des femmes est demandé par des hommes, dans leur propre intérêt...

Des orateurs mâles disent: «Pendant que la femme ne vote pas, elle arrête l’émancipation de l’homme... elle contraint l’homme à se désintéresser... elle l’empêche de se syndiquer... parce que étant écartée de tout, elle ne comprend rien. En votant, la femme s’éclairera, elle apprendra à servir nos communs intérêts».

L’approbation d’électeurs d’élite, la façon sympathique, dont en appuyant de leur signature notre requête électorale, ils disent: «J’en suis!» excite l’allégresse des suffragistes. Les feuilles qu’elles présentent aux Sociétés savantes, à l’Ecole des hautes études, dans les associations, corporations et dans la rue même, comme à Toulouse, où l’éloquente Mlle Arria Ly et sa mère ont recueilli quinze cents signatures.

Sur nos pétitions les noms de savants, d’artistes, de commerçants voisinent avec ceux d’intelligents travailleurs.

Hormis les anarchistes il y a peu d’hommes hostiles au vote des femmes. Pour beaucoup, il ne peut y avoir de masculin ni de féminin lorsqu’il s’agit d’imposer des remaniements sociaux nécessaires. Tous hommes et femmes doivent voter des réformes.

L’empressement des antisuffragistes à se muer en suffragistes, décèle autant que le succès de notre pétition, les progrès accomplis dans l’opinion par la question du vote des femmes.

Aussitôt que les députés ont commencé à s’occuper des projets de loi sur la réforme électorale nous avons pensé qu’il était urgent d’attirer leur attention sur les revendications des Françaises mises hors le droit commun politique.

Le 25 octobre 1909 la Société «Le suffrage des Femmes» a envoyé à la Chambre une délégation de cinq de ses membres pour prier M. Louis Marin, le distingué député de Nancy, de déposer sur le bureau de la Chambre la pétition signée par plus de trois mille personnes.