M. Louis Marin accepta de rendre à la société «Le suffrage des Femmes» le service qu’elle demandait; mais en attendant le renouvellement de la commission des pétitions, où il s’efforcerait de faire introduire des députés féministes, il nous engagea à recueillir d’autres signatures.
Trois semaines après, nous remettions à M. Louis Marin de nombreuses nouvelles feuilles de notre pétition, qui se trouvait ainsi couverte de plus de quatre mille signatures.
Le député de Meurthe-et-Moselle portant sous le bras, attaché par un ruban vert, notre volumineux dossier qu’il allait déposer sur le bureau de la Chambre, était radieux, disent des journalistes.
RAPPORT de M. Louis Marin, Rapporteur Pétition no 1.945.
Motifs de la commission.
La société «Le suffrage des Femmes» a fait déposer sur le bureau de la Chambre une pétition signée par un nombre considérable de Français et de Françaises réclamant la représentation intégrale de la nation.
En effet, tant que la moitié des adultes sera exclue du droit de vote et qu’on n’aura pas donné celui-ci aux femmes, on ne pourra parler du suffrage vraiment universel.
L’égalité des droits entre toutes les personnes humaines, étant aujourd’hui dans la conscience de tous une idée clairement établie, ne permet de refuser aux femmes, en raison de leur sexe, aucun droit politique et par conséquent le droit de vote.
La justice de cette revendication abstraite est précisément renforcée encore par les démonstrations expérimentales qu’apportent aujourd’hui toutes les études sociales: quel économiste nierait que l’infériorité du salaire payé à la femme pour le même travail ne soit un abus de la force, et que le bulletin de vote ne puisse aider à le faire disparaître? Quel historien méconnaîtrait les résultats donnés autrefois par le rôle politique des femmes, notamment dans la France du Moyen Age? Quel psychologue douterait que dans l’établissement des Lois le tempérament féminin ne doive avec celui de l’homme jouer avec fruit son rôle complémentaire habituel? Quel juriste n’affirmerait que maintes injustices disparaîtraient certainement avec le vote des femmes! etc.
Toutes nos spéculations intellectuelles, morales et scientifiques obligent à penser que le suffrage politique est non seulement un droit nécessaire pour la femme, mais qu’il serait pour tous les citoyens, pour l’enfant en particulier, et pour la société entière, un très grand bienfait.