A l’encontre, en revanche, on n’entend que des objections aujourd’hui reconnues puériles.
Le droit des femmes est si clair que la plupart admettent l’excellence de la réforme comme évidente en théorie, mais la combattent, disent-ils, au point de vue pratique.
Or, aujourd’hui dans de nombreux pays, l’expérience est faite qui peut rassurer les plus inintelligents et les plus timorés. Le suffrage municipal est exercé par les femmes en Angleterre, en Suède, au Danemark, en Norvège, en Hollande, dans divers Etats des Etats-Unis d’Amérique, en Australie, en Nouvelle-Zélande.
Partout le suffrage des femmes a provoqué des réformes salutaires. Partout l’expérience a montré que les femmes tenaient particulièrement aux qualités de caractère des candidats, qu’elles obligeaient à effectuer les élections dans des conditions d’ordre et de calme, de dignité, qu’elles amenaient un plus large développement de la législation protectrice de la maternité, de l’enfance et, en général, de tout ce qui favorise la vie de famille, qu’elles tenaient à améliorer les conditions de travail de l’ouvrière, l’organisation de l’assistance, etc.
La preuve, la meilleure de l’évidence de ces bons résultats est que dans les pays qui ont procédé par étapes, c’est très rapidement, devant les fruits excellents donnés par une application d’abord restreinte du vote des femmes, que les extensions successives du suffrage leur ont été très vite accordées.
Aujourd’hui, en France, les institutrices sont électrices et éligibles aux conseils départementaux; elles peuvent prendre part aux élections et faire partie du Conseil supérieur de l’Instruction publique; les femmes commerçantes sont électrices aux tribunaux de commerce, aux Chambres de commerce et aux Chambres consultatives.
Les ouvrières sont électrices et éligibles aux conseils de prud’hommes, aux conseils de travail et au conseil supérieur de Travail.
Conformément à la pétition de la Société «Le suffrage des Femmes» il est utile de proclamer que si la tactique parlementaire la meilleure paraît être celle qui série les réformes et réclame d’abord ce qui peut être immédiatement et facilement réalisable, il faut aussi sur ces questions ne point cacher son idéal et dire clairement ce qu’on ambitionne.
Aussi la 22e commission des pétitions, en présence de la demande des pétitionnaires, c’est-à-dire, le suffrage intégral donné aux femmes, pour réaliser enfin la représentation intégrale de la nation, a jugé nécessaire de se prononcer officiellement. A l’unanimité elle a accepté le bien fondé du principe de la demande des pétitionnaires et reconnu l’importance essentielle que sa réalisation aurait pour le pays.
C’est un succès pour la société «Le suffrage des Femmes» et pour toutes les suffragistes françaises que la question du suffrage des femmes ait fait un pas officiel. Sur le rapport de M. Louis Marin la 22e commission a voté la résolution suivante: