La cherté est sur les denrées qui sont plus demandées qu’offertes et cette cherté s’accentuera, puisque, en même temps que tout le monde fuit le labeur des champs, tout le monde est devenu friand des aliments délicats qui se récoltent à la campagne, aliments qui récemment encore, étaient vendus aux fortunés et non point mangés par la masse.
En développant l’individu, on lui a affiné le goût, on l’a rendu sociable, on a fait s’éveiller en lui le besoin de stabilité et de bien-être.
Or, le travailleur peut-il, présentement, trouver à la campagne les garanties qu’il souhaite?
—Non, parce que entre ces périodes de surmenage: le labourage, l’ensemencement des terres, la récolte des foins, la moisson, le battage des blés, etc... il y a des semaines, il y a des mois durant lesquels ses bras étant inutilisés, il doit vivre sans rien gagner.
Pour enrayer la crise alimentaire que les femmes électeurs et élues auraient prévue et détournée, il faut industrialiser l’agriculture, il faut intensifier la production, il faut assurer l’existence des ouvriers agricoles.
L’évolution sociale écrase l’agriculteur de charges sans lui procurer de profits, puisqu’on veut payer son beurre moins cher qu’il ne lui revient.
L’agriculteur est dans l’impossibilité d’instaurer pour ses employés les satisfactions matérielles et morales exigées dans notre société moderne. Aussi, les concours bien que très chèrement payés, lui font souvent défaut.
Des gens croient que, malgré la pénurie de denrées, la taxe mettrait fin à la hausse. Ils demandent au gouvernement—qui nous donne moins bon que les particuliers ce qu’il nous fait payer plus cher qu’eux—d’instaurer des coopératives pour la vente du pain et de la viande.
Ce projet sourit aux maîtres du pouvoir qui, au lieu d’être contraints de restreindre avec les droits d’entrée les récoltes budgétaires, trouveraient, grâce aux coopératives, une mine électorale à exploiter.
Naturellement, la coopération des groupes commerciaux et industriels proteste contre ce projet qui, sans profit pour les victimes de la disette, constituerait une véritable expropriation des boulangers et des bouchers.