Ce que les groupes commerciaux ne disent pas, c’est que les boucheries et boulangeries coopératives, dont pour faire les frais, les villes et les communes devront se mettre en déficit—comme Elbeuf pour l’exploitation du gaz—feront s’augmenter les dépenses publiques, en créant des armées de nouveaux fonctionnaires, clients électoraux des conseillers, députés, sénateurs. Les femmes auraient la charge de payer ces employés nouveaux, mais, elles ne seraient pas admises à ces emplois puisqu’elles ne votent pas.

Les hommes si, satisfaits de la manière dont les femmes pourvoient au ravitaillement de la maison, ne peuvent se décider à les convier à assurer avec eux l’alimentation de la commune et de l’Etat.

Cependant en administrant seuls, ils font couler de nos robinets une eau qu’il est dangereux de boire, et trouvent suffisant que nous mangions la viande frigorifiée. Ils laissent les Allemands, les Autrichiens, les Italiens faire la rafle du bétail sur nos marchés français.

Au congrès de la boucherie qui s’est tenu au tribunal de commerce, un vœu a été émis pour qu’une taxe de 10 francs frappe chaque tête de bétail à destination de l’étranger.

Quand notre troupeau se restreint, quand nos écuries se dépeuplent et que pour ce motif, le lait renchérit et menace de faire défaut, il ne suffit pas de mettre une taxe sur les bœufs et les vaches allant à l’étranger, il faut interdire à ces bœufs et à ces vaches de passer la frontière, avant que la France, éprouvée et dépourvue n’ait reconstitué son cheptel.

Les hommes ne se sentent pas comme les femmes, responsables de vies humaines, dédaignent ces détails qui ont pour résultat de satisfaire, à notre détriment, l’appétit de nos voisins.

Mais ce n’est pas seulement le prix de la viande qui augmente; le sucre qui se vendait au mois de juillet 70 centimes le kilo, vaut aujourd’hui 1 franc le kilo[13].

Pendant que les hommes seuls gouvernent, on raréfie le sucre pour lui conserver son haut cours, c’est-à-dire que l’intérêt de 39 millions de consommateurs français est sacrifié à l’intérêt de 300 producteurs de sucre.

Ceux qui clament que les betteraves sont, cette année, insuffisantes, ne se souviennent pas qu’ils ont eux-mêmes limité la production de ces plantes, en réduisant l’étendue et le nombre des betteraveries, afin de ne pas obtenir un rendement qui avilirait le prix du sucre.

A l’heure où les médecins signalaient la valeur nutritive du sucre et conseillaient de faire entrer beaucoup de sucre dans notre alimentation, les femmes, ménagères de la nation, n’auraient pas, comme les hommes indifférents à ces questions, permis que l’on restreignît l’étendue des betteraveries pour maintenir élevé le prix du sucre.