En enfermant la femme, pour la ravaler, dans ce laboratoire, la cuisine, on ne lui donne point la possibilité de pourvoir au bon fonctionnement de ce département qu’on lui assigne. Cependant cette dernière place dévolue à la femme, se trouve être la première, actuellement. Des savants disent que la médecine ne fait que compléter la cuisine, l’alimentation pouvant augmenter le cerveau et fortifier le corps.
Pourquoi la ville de Paris garde-t-elle des octrois que la ville de Lyon a trouvé moyen de supprimer?
Les producteurs préfèrent expédier leurs volailles, leurs œufs, leurs beurres dans les villes exemptes d’octrois comme Lyon, Londres, Bâle... que de les expédier à Paris où il faut payer de lourds droits d’entrée, des frais de transport énormes!
Les denrées alimentaires paient moins pour être transportées en Angleterre que pour être transportées à Paris. Ainsi les coquetiers, pour envoyer les beaux œufs frais de l’ouest de la France à Paris doivent payer 8 fr. 40 pour cent kilos de marchandises ou d’emballage, tandis que pour diriger ces beaux œufs sur l’Angleterre ils n’ont à verser que 5 francs par cent kilos. Aussi, pendant que les Anglais mangent nos gros œufs à la coque, nous devons en France nous contenter des petits œufs frais que la Russie, l’Italie et la Turquie nous envoient.
Des groupes de tous les partis, des ligues de consommateurs se réunissent pour protester contre la cherté des vivres. Mais il ne faut pas oublier que ce sont des femmes, des ménagères, qui ont pris l’initiative de réclamer contre la vie chère.
Les premières manifestations des ménagères ont été approuvées par les pouvoirs publics. Des femmes ont délibéré avec des municipalités, des femmes ont décidé le député Basly à détailler lui-même le beurre aux acheteurs.
En taxant d’autorité le beurre, les ménagères s’offraient pour aider à atténuer la crise alimentaire. Elles semblaient dire aux gouvernants: Pour qu’en la République les Français trouvent l’aisance et puissent se nourrir à bon compte, nous devons prendre place à vos côtés.
L’exclusion des femmes du gouvernail met en péril la barque sociale et conduit ceux qu’elle porte à la famine. Attendu que les hommes seuls au pouvoir ne se préoccupent jamais assez, ni de la sécurité nationale—l’affaire des poudres le prouve—ni de l’alimentation de la population, les femmes qui, avec des ressources minimes pourvoient au besoin de la maisonnée, préserveront l’Etat de la disette quand elles seront électeurs et élues. La prévoyance dont elles sont douées leur fera intensifier la production de manière qu’elle suffise à la consommation et lui ménage des réserves.
VIII
Les intérêts de la France mis en péril par les hommes
«Les Français et les Françaises se complètent parce qu’ils ont chacun des qualités propres, que la nation a le plus grand intérêt à utiliser.»