Hubertine Auclert.
Parce que la femme, économe de la famille, n’a pas le droit d’être l’économe de la cité et de l’Etat, les dépenses publiques s’accroissent extraordinairement. Les députés, pour être élus, ne refusent jamais de voter les dépenses favorables à leur circonscription afin d’assurer leur réélection, en sorte que le déficit s’accroît et rend de plus en plus difficile la tâche de boucler le budget.
Les hommes ménagers de la nation ne peuvent faire s’équilibrer les recettes et les dépenses et sont incapables d’administrer nos affaires sans nous grever d’emprunts et sans nous frapper d’impôts. Qu’ils passent donc la main aux femmes qui ont coutume de proportionner leurs dépenses à leur avoir, et qui, en supprimant le gaspillage, nous préserveraient des emprunts et des impôts nouveaux.
On multiplie les fonctionnaires inutiles, nuisibles, dont la présence complique les rouages administratifs et hérisse de difficultés nos actes les plus simples.
Puisque les hommes ne peuvent y parvenir, les femmes doivent à leur tour essayer d’enrayer le désordre et le gaspillage qui engloutissent les fonds publics.
Le vote des femmes serait pour l’électeur, le fruit de l’arbre de la science politique. Il ferait le mandant apte à être mandataire.
Les femmes prévoyantes et économes, tenues hors la loi, ne sont ni électeurs ni éligibles, alors que des hommes incapables, ne sachant faire leurs propres affaires, qui sont pourvus d’un conseil judiciaire, étant électeurs et éligibles, sont chargés de gérer la fortune publique. A ces interdits redevenus mineurs qui ne peuvent disposer de leurs biens, on laisse le pouvoir de disposer des biens de la France. Interdits ou non, les gouvernants qui dilapident les caisses publiques sont traités en irresponsables.
Les intérêts de la France sont mis en péril par les hommes. On démembre la France sans l’assentiment des femmes:
M. Caillaux a donné le Congo à l’Allemagne, M. Delcassé a donné une partie du Maroc à l’Espagne.