Note 92:[ (retour) ] Dans Hystaspe. Nous l'aprenons de Justin dans sa seconde Apologie, & de Clément dans ses Stromates.
Note 93:[ (retour) ] d'Ovide. Métam. liv. I. Il se remet aussi devant les yeux l'arrêt que les Destins ont prononcé, qu'un jour la Mer, la Terre, & le Ciel périroient dans les flammes; période fatal à toute la machine du Monde. Lucain liv. I. Lorsque la dernière heure du Monde sera venue, toutes choses retourneront dans l'ancien Chaos: les Etoiles se heurteront, elles descendront même dans la Mer &c.. Sénèque écrivant à Marcie, «Les Etoiles choqueront les unes contre les autres; & l'Univers étant embrasé, toutes les parties que nous voyons présentement briller par un bel arrangement, ne tireront plus d'éclat que des feux qui les consumeront.»
Note 94:[ (retour) ] Quelques Astrologues &c. Copernic. liv. III. des Révolut. ch. 16, & d'autres. S. Cyprien écrivant à Démétrianus, dit[AL] que l'Univers n'a plus la même vigueur qu'autrefois, & qu'il roule vers la décadence.
Note AL:[ (retour) ] Je demande pardon à ce Pere, mais je ne saurois laisser passer cette pensée sans dire ce que j'en crois. Par où nous prouvera-t-il que le Monde vieillit & qu'il perd insensiblement de des forces? La Terre en a-t-elle moins à produire des fruits, les Animaux à engendrer, & les Astres à faire leurs révolutions? Ces sortes de pensées ont je ne sai quel éclat qui pourroit surprendre; mais pour de la solidité, elles n'en ont pas même assez à ce qu'il me semble, pour être soufertes dans la bouche des Orateurs.
II. Preuve, tirée de ce qu'aucune raison ne peut faire voir que l'ame soit mortelle.
XXIII. Je viens aux preuves que les lumiéres de la Raison nous fournissent. Toutes les choses que nous voyons périr, périssent par l'une de ces trois causes: ou par l'oposition d'un contraire plus puissant, c'est ainsi que la violence de la chaleur détruit le froid; ou parce qu'elles se trouvent destituées du sujet qui les soutenoit; la grandeur d'un carreau de vitre, par exemple, périt lorsque le carreau vient à se casser: ou enfin par l'éloignement de la cause éficiente, dont la présence étoit nécessaire pour les conserver; & c'est ainsi que la lumiére disparoît par l'éloignement du Soleil. Or aucune de ces trois maniéres de destruction ne peut avoir lieu ici. Pour la premiére, l'ame n'a proprement rien qui lui soit oposé. Elle a même ce privilége, qui lui est particulier, de pouvoir assembler dans ses idées les choses les plus contraires. La seconde ne se peut dire. L'ame est une substance, c'est-à-dire, un Être qui subsiste par soi-même & qui par conséquent n'a pas besoin de sujet qui le soûtienne. S'il y en avoit un, ce seroit le corps. Mais plusieurs raisons détruisent cette pensée. I.[AM] La continuité du travail abat les forces du corps, celles de l'ame demeurent toûjours dans leur entier. II.[95] Les facultez corporelles ne peuvent admettre un objet trop vif & trop excellent: celles de l'ame se perfectionnent à proportion de la sublimité & de la grandeur des choses sur lesquelles elles déployent leur activité, tels que sont les Universaux, & les figures considérées en elles-mêmes & separément de la matiére. III. Le corps ne peut faire agir ses forces que sur des choses qui sont bornées comme lui par de certains tems & de certains lieux: l'ame agit & raisonne sur l'infini & sur l'éternité. Je conclus de tout cela que l'ame ne dépend pas du corps dans ses opérations. Or comme nous ne pouvons juger de la nature des choses invisibles, que par leurs opérations, il s'ensuit que l'ame agissant indépendamment du corps, existe aussi indépendamment de lui. Enfin, la troisiéme voye possible de destruction, savoir, la cessation de la cause éficiente ou la suspension de son eficace, n'a pas ici plus de lieu que les deux autres. L'ame n'a pas de cause éficiente dont elle doive émaner continuellement. Mais quand on en reconnoîtroit une, ce ne peut être que la Cause premiére & universelle (car pour ce qui est des pères & des mères, on sait que leur mort n'entraîne pas celle de leurs enfans). Or rien ne nous oblige à croire que la Cause premiére cesse jamais de déployer cette éficace, qui conserve l'ame. Car elle le feroit, ou faute de puissance, ou faute de volonté. Le premier ne peut être, & l'on ne prouvera jamais le second.
Note AM:[ (retour) ] On pourroit ne pas convenir absolument de cette premiére raison, quoi que ce qu'elle supose soit vrai pour l'ordinaire. En tout cas les deux raisons suivantes pourroient sufire. TRAD.
Note 95:[ (retour) ] Les facultez corporelles ne peuvent &c. Aristote en donne cette raison, que ce qui sent en nous, est en partie corporel, & en partie spirituel; mais que l'ame est purement spirituelle. J'aurois pu remarquer aussi que l'ame a la force de vaincre les panchans purement corporels; jusqu'à exposer quelquefois le corps aux tourmens & à la mort même: & que moins ses actions tiennent du corps, plus elles sont parfaites.
Trois autres preuves de l'immortalité de l'ame.
XXIV. Outre ces raisons qui prouvent négativement l'immortalité de l'ame, il y en a d'autres assez fortes, qui la prouvent positivement. En voici trois que je ne ferai qu'indiquer;[96] le pouvoir que l'Homme a sur ses propres actions; le desir de l'immortalité, né, pour ainsi dire, avec nous; & la force de la conscience, qui tantôt trouve dans les bonnes actions quelque pénibles qu'elles soient, un sujet de joye & de consolation, & tantôt sent des remords vifs & afligeans des crimes dont elle est chargée. Ces remords augmentant à l'heure de la mort par le pressentiment d'un Jugement inévitable & prochain, jettent l'ame dans la derniére désolation. Cette force, au reste, dépend si peu de la volonté, que[97] les Tyrans les plus endurcis au crime n'ont jamais pu s'y soustraire, quelques éforts qu'ils ayent fait pour cela. Les exemples en sont assez connus.