Dans le devoir de la chasteté, & dans ce qui regarde le mariage
Note A: Dent. XXIV. 1-4.
Note B: Herodot. L. VI. Plut. Vie de Lycurg. & de Caton d'Utique.

XIII. La manière dont Dieu a voulu que le Genre humain se multipliât, est une chose très-digne des sages Réglemens d'un Législateur. Cependant à peine la Religion Payenne y a-t-elle touché. Et certes elle auroit eu mauvaise grâce à être sévére là-dessus,[36] puis qu'elle faisoit mille le contes infames des débauches & des adultéres de ses Dieux. Ce péché même qui outrage la Nature, trouvoit sa protection dans l'exemple des Dieux. Ce fut par là que Ganyméde & Antinoüs méritèrent les honneurs divins. Ce crime monstrueux est assez commun parmi les Mahométans, & il est permis dans la Chine, & en d'autres endroits. Les Philosophes Grecs semblent avoir travaillé[37] à en diminuer l'horreur en le voilant de termes honnêtes. Ceux d'entr'eux qui ont eu le plus de réputation, ont fort aprouvé que les femmes fussent communes. Par là ils ouvraient la porte à une licence & à une impureté. générale, & mettoient les hommes au-dessous des bêtes; [38]puisqu'il y en a qui se gardent entr'elles une espéce de fidélité conjugale. Une pareille licence auroit ces deux mauvais éfets; qu'elle déroberoit aux Enfans la connoissance de leurs véritables Péres; & qu'elle ne laisseroit aucun lieu à l'afection réciproque des uns & des autres. Les Loix des Hébreux défendent toutes sortes d'impuretez. [39]Mais elles ne condamnent ni la Polygamie, [A-marg.]ni le Divorce même, pour quelques raisons que ce soit. Les Mahométans usent de ces mêmes droits. Les Grecs & les Romains répudioient leurs femmes pour des sujets assez légers. Les [B-marg.]Lacédémoniens alloient même jusques à se les prêter les uns aux autres. Et Caton, le sage Caton, s'en est aussi mêlé.

Note 36:[ (retour) ] Puis qu'elle faisoit mille contes des débauches &c. Les Péres ont souvent fait ce reproche aux Payens: Mais il y a du plaisir à voir la leçon qu'Euripide même fait là-dessus aux Dieux du Paganisme. «Il faut, dit-il, que je donne ici un petit avis à Apollon. Ce Dieu ne se contente pas de ravir par force l'honneur à des filles chastes, il soufre patiemment qu'elles se défassent des enfans qui naissent de ses débauches. Ah! pour vous qui possédez le tître & l'autorité de Roi, gardez-vous bien de suivre un exemple si pernicieux. Suivez constamment la vertu. Si quelqu'un tombe dans le crime, les Dieux ne manquent pas de le punir sévérement. Mais vous, Dieux, si j'ose m'adresser à vous, n'est-il pas bien injuste, que vous qui prescrivez des Loix aux hommes, vous viviez vous-mêmes sans Loix. Permettez moi de vous dire une chose, qui assurément n'arrivera jamais: C'est que si vos impudicitez étoient punies aussi sévérement que vous punissez celles des Hommes, bientôt & vous Apollon, & vous Neptune, vous-même grand Jupiter, qui régnez sur les Cieux, vous vous verriez & sans Temples & sans Autels.»

Note 37:[ (retour) ] A en diminuer l'horreur &c. Philon liv. De la Comtemplation. «Tous les discours du Festin de Platon roulent non sur l'amour des hommes pour les femmes ou des femmes pour les hommes; cela ne seroit pas si honteux, puis que cet amour ne passe point les bornes de la Nature: mais sur l'amour des hommes pour les garçons. Car tout ce qu'on y dit de Vénus & de l'amour céleste, ne se dit que pour sauver un peu les aparences par des mots qui n'ont rien de choquant».

Note 38:[ (retour) ] Puis qu'il y en a qui se gardent &c. Pline le dit des colombes, & Porphyre des pigeons ramiers.

Note 39:[ (retour) ] Mais elles ne condamnent ni la Polygamie &c. Deuter. XXI. 15. 11. Samuel, XII. 2. Joséphe Antiq. Jud. liv. XVI. La coûtume de notre Nation permet d'avoir plusieurs femmes. Les Docteurs Juifs & les Péres ont aussi entendu dans ce sens, les passages que je viens de raporter.

La Loi trés-parfaite de Jésus-Christ ne régle pas seulement l'extérieur: elle va jusqu'à la racine du déréglement; elle retranche la cupidité, & ne lui permet pas les moindres mouvemens, ni les moindres atentats à la chasteté des femmes. Tout, jusqu'aux regards mêmes, devient criminel par ces Loix sévéres qui font craindre à l'Homme un Dieu scrutateur des coeurs, juge & vangeur non seulement du crime, mais aussi du dessein de le commettre. Elles défendent le Divorce. Et n'est-il pas juste, en éfet, que puisque toute véritable amitié doit être perpétuelle & indissoluble, celle qui unit & les coeurs & les personnes entiéres, dure tout autant que la vie? Joignez à cela qu'il n'est pas possible que l'éducation des Enfans ne reçoive quelque préjudice de cette séparation. Pour ce qui est du nombre des femmes, ces mêmes Loix n'en permettent qu'une. Les raisons en font claires, & n'ont pas été ignorées, ni des Romains, ni des anciens Peuples de l'Allemagne, qui condamnoient la Polygamie. Il y en a trois principales raisons. I. Il est juste que la Femme qui s'engage à donner son coeur tout entier & sans réserve, [40] posséde aussi sans partage celui de son Mari. II. Les afaires domestiques sont mieux conduites, lors qu'elles sont sous la direction d'une seule tête. III. Enfin, cette pluralité de Méres de Famille ne peut causer parmi les Enfans, que du désordre & de la désunion.

Note 40:[ (retour) ] Posséde aussi sans partage &c. Saluste, Guerre de Jugurtha, Ceux qui ont plusieurs femmes, ont le coeur tellement partagé, qu'ils n'en ont proprement aucune.

Dans la maniére d'acquerir & de conserver les richesses.
Note A: Diod. Sic. L. I. Plut. Vie de Lycurgue.
Note B: Deut. XXIV. 20.

XIV. Venons aux devoirs de l'Homme par rapport aux richesses, & aux commoditez de la vie. Les Égyptiens & les Lacédémoniens[A-marg.] permettoient le vol. Les Romains, qui le défendoient entre Particuliers, le savoient très-bien pratiquer de Nation à Nation. La plûpart de leurs Guerres étoient d'honnêtes Brigandages; & Cicéron a reconnu que s'ils eussent été obligez de faire restitution, ils en auroient été bientôt réduits à leurs anciennes Cabanes.