XI
La soif.

Tous les matins, pendant des jours, si pareils, qu’à cette distance d’une demi-année je ne les distingue plus, — pendant des jours, pendant des semaines, nous levons le camp en pleine nuit avec la lune.

Il est deux heures ou trois heures du matin. Dans le sommeil où nous sommes plongés, éclate le gémissement des chameaux qu’on charge. Les membres sont encore las de la course de la veille et l’on fait durer cette sensation de rêve, on tarde à ouvrir les yeux, jusqu’au moment où, soudain, la voix du guide prononce près de votre oreille :

— Mon lieutenant…

Cheikh est debout avec la tasse de thé ou la cafetière à la main. Il vous arrache vos brodequins, car on se chausse seulement pour dormir, afin d’être prêt à toute alerte et à cause des bêtes qui rampent ; pour le méhari, il ne supporterait point sur son cou le frottement d’un talon de bottines.

On s’étire. On se lève. Ce réveil est frileux ; bêtes et gens ont encore dans les jambes l’engourdissement du somme. Dans le ciel très haut, les étoiles ont disparu ; la lune est basse ; sa clarté si légère, que nous marchons presque sans ombres.

La lueur qui nous guide semble plutôt sortir de la terre ; c’est une vague blancheur qui se condense à la ligne d’horizon.

Dans quelques heures, le soleil surgira tout d’un coup. Brusquement, on passera de la nuit au jour. Ce pays sans nuances ne connaît ni les nacres de l’aurore, ni les embrasements du crépuscule. Tout d’un coup, le soleil rond et ardent s’élance dans le ciel comme un obus, comme un boulet rouge. Il est encore à ras de terre et déjà il brûle. Les guides accourent au galop ; ils apportent les casques dont on se coiffe à la hâte.