Nos deux guides chaamba nous font toujours escorte ; mais c’est maintenant un nègre du Makhzen de Ouargla qui guide. Comme mon méhari est fourbu et qu’il ne peut plus soutenir le trot, je me lève le matin, avant mes compagnons, sur le coup de deux heures et je prends l’avance en compagnie de Cheikh.
Notre arrivée à Blidet-Ameur est marquée par un petit incident qui mérite d’être noté.
D’El Hadjira à Blidet-Ameur, l’étape est longue. J’entre dans l’oasis, en plein soleil, après sept heures de selle. Cheikh qui n’est jamais remonté jusque-là se fait indiquer la place publique. Nous y trouvons un banc à l’ombre où toute une société de burnous est assise. Nous faisons coucher nos chameaux et Cheikh s’approche des causeurs. Je comprends qu’il dit d’où nous venons, qui nous sommes, qui je précède. D’ailleurs, le titre de cavalier de Makhzen dont Cheikh se réclame suffit à indiquer que nous voyageons sous le patronage de l’autorité.
Cependant personne ne se détache du groupe, selon l’usage, pour m’apporter à boire. Même on me laisse debout. Le rassemblement s’est grossi d’oisifs ; les figures, qui ne ricanent pas, sont hostiles.
A la demande :
— Où est la maison des hôtes ? on a répondu en nous montrant par dérision un espace de terre couvert de matériaux en démolition et inondé de soleil.
Quand on a dans les reins sept heures de chameau et que la soif vous tenaille, la patience est courte.
Je demande à Cheikh :
— Où est le caïd ?
Il me désigne sur le banc d’ombre un personnage dont le burnous est plus blanc que ceux de la foule. Je m’avance vers cet homme et je lui mets la main à l’épaule. Je le bouscule pour me faire une place. Il me regarde ; son visage se gonfle, mais il cède. Et je recueille tout de suite le bénéfice de ce mouvement de décision sous la forme d’un éventail qu’un adversaire politique du caïd m’apporte avec une nuance de respect.