—Allons, Monsieur Bichot, dit Mlle Cusani, je ne sais pas ce qu'elle a fait, mais elle en a assez; voyez comme elle saigne!
—C'est une infection, Mademoiselle. C'est elle qui vous a volée, il n'y a plus de doute, et vous voyez ce qu'elle a fait à la pauvre Juzaine! Si je n'étais arrivé, elle lui rasait la tête ainsi qu'à une galeuse.
Enfin, il lâcha Gringalette, que Mlle Cusani fit coucher sur le lit d'une loge voisine. Elle fermait à demi les yeux, comme si elle était près de s'évanouir, et respirait avec difficulté. Un verre de Porto que lui apporta Mlle Cusani la réconforta un peu.
Elle resta au cirque, mais ne coucha plus dans la loge du clown. La directrice lui offrit un lit dans un cabinet proche de sa chambre.
Cette correction publique l'avait profondément humiliée; elle en avait perdu son narquois et malicieux sourire. Elle ne pouvait rencontrer Juzaine sans murmurer entre ses dents ou lui lancer quelque injure; au contraire, elle ne semblait point garder rancune à Bichot; elle essayait même de lier la conversation avec lui, mais ses paroles n'obtenaient aucune réponse.
Il avait refusé, malgré la promesse faite naguère, de lui apprendre à danser. Il ne voulait plus s'occuper d'elle, et c'était Mlle Cusani qui lui montrait la valse et certaines danses espagnoles pour qu'elle figurât avec des jeunes filles et des enfants dans un grand bal donné au cirque lors du Carnaval.
Cette fête dont elle espérait tant de plaisir ne lui causa que du dépit. Elle fut vivement irritée, ainsi que Mlle Cusani, de voir que tous les applaudissements étaient allés aux danses équestres de Juzaine.
Comme pour renouveler le triomphe de la petite écuyère, le cirque Cusani donna le même spectacle deux jours après. Mais au moment où Juzaine se disposait à monter en selle, un valet d'écurie accourut, effaré.
—Eh bien, dit-elle, vous ne m'amenez pas Reine-de-Mai?