—Mademoiselle, Reine-de-Mai est couchée dans sa stalle. Il n'y a pas moyen de la faire lever. Elle doit être malade.
Juzaine, qui éprouvait pour sa jument toute l'affection d'une amie, fut très émue. Elle entra dans l'écurie, s'approcha de Reine-de-Mai, lui donna de petites tapes, lui caressa l'encolure, l'embrassa. Mais Reine-de-Mai, qui savait si bien d'ordinaire reconnaître les attentions de sa jeune maîtresse, parut cette fois insensible. Elle demeura couchée; son œil était terne et immobile, et Juzaine observa qu'elle avait le ventre très enflé.
—Pauvre Reine-de-Mai! répétait Juzaine qui avait les larmes aux yeux. Il faut qu'on aille chercher le vétérinaire dès ce soir.
A ce moment, M. Cusani parut, suivi de sa fille en jupe d'amazone.
—Il ne s'agit pas de vétérinaire, dit le directeur, il s'agit de vous, Juzaine. On vous attend. Si Reine-de-Mai est malade, prenez Frimousse que vous avez déjà montée.
—Ah! non, s'écria Mlle Cusani. Je garde Frimousse. Qu'elle monte Le Kabyle.
—Mais Le Kabyle a trop de fougue. Elle ne pourra rien en faire.
—Tant pis! dit Mlle Cusani, moi je garde Frimousse.
Juzaine fut obligée de prendre Le Kabyle.
C'était un magnifique cheval noir à la crinière et à la longue queue flottante, vif, docile quand il se sentait conduit par une main solide, mais prêt à s'abandonner à toutes ses fantaisies dès que son cavalier était neuf, inexpérimenté, faible ou indulgent.