Et se penchant contre elle, la princesse pendant quelques instants lui parla à voix basse, en tournant de temps à autre des yeux inquiets vers la porte. Madame Narischkin écoutait avec stupeur. Et quand son interlocutrice eut cessé ses chuchotements, elle ne trouva point de réponse.
—Eh bien! demanda la princesse qui parut très anxieuse.
Madame Narischkin eut une hésitation, puis résolument:
—Je t'ai promis, Alexandra, de faire ce que tu voudrais. Dispose de moi!
—Ne t'effraie pas à l'avance, reprit la princesse. Le bois qui entoure le pavillon où tu demeures est vaste. Et sur la lisière habite le vieux Vladimir. On le dit affilié à je ne sais quelle mauvaise secte; le staroste (maire du village) ne pense point de bien de lui. C'est lui qu'on soupçonnera. Je voudrais qu'on osât t'accuser.
—Ce serait possible, Alexandra!
—Non, non. Je suis là, moi, pour te défendre, moi, la princesse Daschkoff. S'il t'arrivait la moindre chose, je parlerais au Czar. Je n'aurais qu'un mot à dire pour te sauver. N'aie donc pas peur! Seulement cette lettre que tu dois remettre au gouverneur...
—Quelle lettre?
—C'est vrai, je ne t'en ai pas parlé! J'ai écrit hier soir, pendant que le prince dormait, une lettre au gouverneur. Tu la porteras à Kalouga; mais, une fois dans la ville, tu descendras dans une petite auberge, tu prendras un cocher et tu l'enverras avec la lettre au gouverneur en lui recommandant de ne pas la laisser et de te la rapporter.
—Mais le gouverneur ne voudra jamais la rendre!