—Si! si! Je lui demande de me répondre au crayon par un mot à diverses questions que je lui pose et sur le papier même que je lui adresse. C'est une mesure de prudence qu'il doit comprendre et je pense qu'il n'y fera pas d'objection. Voici la lettre et des roubles pour le cocher. Va maintenant, et aie confiance!

—Que Dieu nous protège! soupira Madame Narischkin.

Les deux femmes s'étreignirent avant de se séparer.


La princesse savait se dominer et cacher à l'entourage ses plus fortes impressions. Elle était pourtant inquiète et fébrile lorsque le maître d'hôtel vint annoncer la visite du gouverneur. Elle eut dans les yeux un éclair de joie puis donna l'ordre de l'introduire aussitôt dans le petit salon de réception. Une toilette fort simple en apparence, mais d'une élégance calculée et séductrice, en révélant tous ses charmes, répandait sur son passage les plus violents désirs qu'irritait son attitude altière et que l'expression orgueilleuse de son regard promettait de laisser inassouvis.

Le gouverneur sourit en apercevant la princesse, mais il lui fit le salut le plus respectueux, et s'avança vers elle d'un pas dégagé.

—Je ne vous cacherai pas, princesse, dit-il, que j'ai été quelque peu surpris de l'honneur et du plaisir que vous avez bien voulu me faire en m'invitant aujourd'hui à venir vous voir après votre réception plutôt froide de l'autre jour.

—Réception plutôt froide! Vous avouerez, mon cher gouverneur, que je ne pouvais pas, après ce qui s'était passé entre nous à Pétersbourg, me montrer très empressée, avant de savoir quelles étaient vos nouvelles dispositions à mon égard.

Il eut l'air embarrassé et son visage se tendit en une grimace des moins galantes.

—Oh! fit-elle, rassurez-vous, je ne vous en veux pas.