Ma fiancée, sortie à peine du couvent, n'avait pas encore l'audace d'une femme habituée à la vie mondaine, mais à ses intempérances de langage, à ses réparties trop vives, au ton décidé, impérieux, tranchant de ses confidences qui avaient pour but principal de m'initier à ses fantaisies et à ses volontés, je sentais qu'en dépit de sa gentillesse et de sa grâce, elle allait être pour moi, si je n'y mettais ordre, un inlassable despote. Cela excitait bien mon désir de conquérant, mais effaçait toutes mes idées matrimoniales; elle se fût peut-être révélée la plus charmante des maîtresses; au contraire elle promettait à un mari l'existence la moins unie et les plus ennuyeuses aventures.
Seulement elle savait si bien corriger ses paroles imprudentes par une manière chaste d'abaisser les yeux, et une expression d'ineffable modestie, que mes craintes se dissipaient et que je me laissais aisément persuader par mon amour qu'elle était aussi douce que jolie.
—Ce sont, me disais-je, ces pimpantes toilettes, si nouvelles pour une fille qui sort du pensionnat, qui la grisent; elle a l'impression de figurer dans un bal costumé; comme un masque elle se croit tout permis. Plus habituée à ces robes, ou moins fastueusement vêtue, elle sera par là même moins vaniteuse, moins volontaire; elle perdra son effronterie et adoptera le maintien qui convient à une femme mariée.
Ayant hâte de voir cette transformation s'accomplir, je fus d'accord avec sa grand'mère pour décider que nous irions passer les premiers jours de notre union en Anjou, dans une vieille propriété de famille et qui faisait partie de sa dot.
Dès que nos noces furent célébrées, immédiatement après la collation, Alix dépouilla son étincelante robe et revêtit un costume de voyage, mais, hélas! s'il était de teinte plus sombre et d'étoffe moins fine, il avait une coupe aussi compliquée, des formes aussi embarrassantes que des toilettes de ville; enfin la jupe était soutenue par l'indispensable, l'inévitable crinoline.
Ce qui m'effraya davantage, ce furent les malles énormes dont on chargea la voiture. Une troupe de théâtre n'emporte pas plus de bagages.
—Mais, demandai-je, nous n'allons pas là-bas donner des réceptions?
—Rassurez-vous, dit-elle, c'est pour nous!
Nous arrivâmes assez tard et assez fatigués dans ce château de La Chesnaye où, malgré la lettre de la grand'mère, on ne nous attendait point. Il fallut réveiller les domestiques, préparer des chambres à la hâte. Alix feignit l'embarrassée quand elle vit qu'il n'y avait qu'un lit pour nous deux, mais, comme elle était assez lasse, elle cessa vite ses minauderies et se décida à se déshabiller, tandis que j'allais dans une chambre voisine procéder à ma toilette nocturne.
Elle était déjà couchée lorsque je revins la trouver. Elle ne parut pas trop effarouchée quand je me glissai à ses côtés, mais à peine étais-je dans le lit qu'elle se redressa et souffla vivement la bougie qui brûlait près de nous.