—Je ne réclame point de dédommagement, répondis-je avec dédain, mais Antoinette est ma fille adoptive et je la garderai avec moi, comme d'ailleurs elle me l'a demandé. Quant à sa fortune, je n'aurai pas à la lui rendre, puisqu'elle n'en a point, et qu'elle n'a vécu jusqu'ici que grâce à ma générosité.

—Nous savons très bien ce qu'il en est, dit sentencieusement Samuel Goring.

—Par une calomnie de quelque négresse, sans doute!

—Nullement, répliqua Mme Du Plantier, et vous regretterez bientôt, madame, d'avoir rendu notre démarche si inutile. Quelle que soit notre amitié pour vous, nous devons considérer que le bonheur d'une jeune fille est chose trop précieuse pour que nous vous le sacrifiions. Nous allons déposer dès ce jour notre plainte.

—Et je déposerai aussi la mienne, dis-je, pour vos façons inquisitoriales et révoltantes.

—Vous verrez ce qu'il en coûte de subir une enquête, dit Mme Du Plantier.

—Surtout lorsqu'on a plus d'un reproche à s'adresser, ajouta Mme de Létang, en me saluant de son plus ironique sourire.

Je me souvins alors de ses confidences et de ses caresses perfides.

—Sortez d'ici, madame, fis-je avec colère, sortez, et vous aussi, parpaillot!

Goring se retourna vers moi, très calme en apparence.