Je me disais souvent jadis: les hommes ne peuvent nuire à celui qui meurt sans regret; mais aujourd'hui, mourir sans être aimé de toi! mourir dans cette certitude, c'est le tourment de l'enfer, c'est l'image vive et funeste de l'anéantissement absolu: il me semble que je me sens électrisé.
Mon unique compagne, toi que le sort a destinée pour faire avec moi le voyage pénible de la vie, le jour où je n'aurai plus ton cœur sera celui où la nature aride sera pour moi sans chaleur et sans végétation.
Je m'arrête, ma douce amie; mon ame est triste, mon corps est fatigué, mon esprit est étourdi. Les honneurs m'ennuient; je devrais bien les détester, ils m'éloignent de mon cœur.
Je fuis Port-Maurice par Oneille; demain je suis à Albenga. Les deux armées se remuent, nous cherchons à nous tromper, au plus habile la victoire. Je suis assez content de Beaulieu; il manœuvre assez bien, il est plus fort que son prédécesseur: Je le battrai, j'espère, de la belle manière. Sois sans inquiétude: aime-moi comme…
Douce amie, pardonne-moi, je délire; la nature est faible pour qui sent vivement, pour celui que tu animes.
B.
À Barras, Tallien, madame Tallien, amitiés sincères; à madame
Château-Renaud, civilités d'usage; à Eugène et Hortense, amour
vrai.
Adieu, adieu, je me couche sans toi; je dors mieux sans toi. Je t'en prie, laisse-moi dormir: voilà plusieurs fois que je te serre dans mes bras… mais, mais ce n'est pas toi.
À la Citoyenne BONAPARTE, chez la Citoyenne Beauharnais, rue Chantereine, n° 6, à Paris.
Albenga, le 16 germinal.