Je suis au lit; je pars dans une heure pour Verceil. Murat doit être ce soir à Padoue. L'ennemi est fort dérouté, il ne tardera pas à évacuer. J'espère dans dix jours être dans les bras de ma Joséphine, qui est toujours bien bonne, quand elle ne pleure pas et ne fait pas la civetta. Ton fils est arrivé ce soir; je l'ai fait visiter, il se porte bien. Mille choses tendres. J'ai reçu la lettre de M… Je lui enverrai par le prochain courrier mes livres. Souviens-toi de m'écrire deux mots sur Paris.
Tout à toi.
À la Citoyenne BONAPARTE.
Au quartier général, le 5 floréal, an 4e de la République.
LE GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'ITALIE À SA DOUCE AMIE.
Mon frère te remettra cette lettre. J'ai pour lui la plus vive amitié. Il obtiendra, j'espère, la tienne. La nature l'a doué d'un caractère doux et inaltérablement bon. Il est tout plein de bonnes qualités. J'écris à Barras pour qu'il le nomme consul dans quelque port d'Italie. Il désire vivre éloigné, avec sa petite femme, du grand tourbillon et des grandes affaires. Je te le recommande.
J'ai reçu tes lettres du 16 et du 21. Tu as été bien des jours sans m'écrire: que fais-tu donc? Oui, ma bonne amie, je ne suis pas jaloux, mais quelquefois inquiet. Viens vite; je te préviens: si tu tardes, tu me trouveras malade: les fatigues et ton absence, c'est tout à la fois.
Tes lettres font le plaisir de mes journées, et nos journées heureuses ne sont pas fréquentes. Junot porte à Paris vingt-deux drapeaux; tu dois revenir avec lui. Songe à mes peines continues, si j'avais le malheur de le voir revenir seul. Adorable amie, il te verra, il respirera dans ton temple, peut-être même lui accorderas-tu la faveur unique et inappréciable de baiser ta joue, et moi je serai seul ici, et bien loin! Mais tu vas venir, n'est-ce pas? Tu vas être ici à côté de moi, sur mon cœur, dans mes bras, sur ma bouche. Plus de retard; viens, viens, mais voyage doucement. La route est longue, mauvaise, fatigante. Si tu allais verser et prendre mal; si la fatigue… Va doucement, mon adorable amie, mais sois souvent en rapport avec moi par la pensée.
J'ai reçu une lettre d'Hortense; elle est tout-à-fait aimable. Je vais lui écrire; je l'aime bien, et je lui enverrai bientôt les parfums qu'elle désire avoir.
Lis à mon intention le chant de: