CHAPITRE CXIII.
Retour à Florence.—Nouvelles bontés de la grande-duchesse.—Campagne de
Russie.
Mon retour à Florence fut une véritable fête. La grande-duchesse n'était point inquiète de moi, car elle avait reçu de mes nouvelles, et les plus agréables qu'elle pût recevoir. Les princes, qui aiment surtout qu'on se dévoue à leur service, aiment qu'on réussisse. J'avais eu le mérite du zèle, et le bonheur encore plus apprécié du succès. Ma réception se ressentit de cet heureux auxiliaire de la bienveillance. Attentive et délicate comme une inférieure, Élisa n'attendit point que je me présentasse. Instruite de mon arrivée, elle daigna envoyer savoir de mes nouvelles, en me faisant prier de passer au palais aussitôt après que j'aurais un peu reposé. Moi qui ne me repose guère et que l'habitude des fatigues militaires avait de longue main préparée à ne compter ni les lieux ni les nuits, je me rendis immédiatement au palais. Je trouvai la princesse encore au lit; elle était un peu souffrante.
«Soyez la bien venue, me dit-elle; j'ai un peu de mélancolie dans l'ame; vous ne pouviez arriver plus à propos; mais aujourd'hui, au lieu de lire, nous allons causer. J'ai été contente de vous.
«—Votre altesse attache trop de prix à mes modestes services.
«—Franchement, vous méritez de sincères complimens, et ce n'est pas mon intérêt seul qui vous les accorde. Votre mission n'a pas seulement été remplie avec intelligence, mais votre conduite personnelle a été exemplaire. Je ne sais pas tout ce que vous avez fait; mais je sais que vous avez vécu à Naples comme je voudrais vous voir vivre à Florence. Voilà le secret du monde, mon amie; suivre ses goûts et les cacher, vivre pour soi, et ne pas mettre le public dans la confidence.
«—Je sentais trop le bonheur d'une mission confiée par ma souveraine pour n'en pas être digne. Je n'avais plus seulement à penser à moi, mais à l'auguste personne dont j'eusse pu compromettre la protection.
«—Mais ce voyage a fait beaucoup de bien à votre tête. Vous avez presque autant de raison que d'esprit. Caroline m'a écrit sur vous des choses très flatteuses. Elle est bien jolie, Caroline, n'est-ce pas?
«—Elle est tout-à-fait de sa famille.
«—Vous savez flatter sans bassesse, et servir sans vanterie; cela n'est pas commun dans les cours… Et votre mission, dont vous vous êtes bien acquittée, vous a-t-elle donné beaucoup de mal?»