«—Nul doute.
«—Il vous l'a dit?
«—Et presque d'une manière trop significative, en commençant contre moi la guerre. Ney prétend que ce retour serait fatal à la France, et Ney est la loyauté même; il ne dit que ce qu'il pense, et il agit comme il dit; je lui dois au moins cette justice. Je n'ai pas à me louer de ses adieux; il résistera, soyez-en certain.
«—Eh bien! dans ce cas, tout est perdu.
«—Que ne restait-il donc dans son île, votre Empereur! Mon Dieu! il y était si tranquille.
«—La plaisanterie est excellente.
«—Excellente! non, sans doute, mais juste. Consultez l'embarras où vous êtes, le trouble qui vous agite, et vous penserez comme moi.»
Je rentrai petit à petit dans ses idées, et je lui annonçai que puisque Ney était parti pour Besançon, j'allais y aller aussi. Regnault parut ravi de ma résolution.
Je trouvai en rentrant une lettre qui me fit changer d'itinéraire et je partis pour ce voyage impromptu, et sans avoir, dans un trajet de quarante ou quarante-cinq heures, d'autre pensée fixe que l'incertitude de ce que j'allais dire à Ney? Comment va-t-il me recevoir?… Partout l'aspect des troupes suffisait pour me faire juger que Napoléon n'aurait qu'à reparaître au milieu d'elles pour ramasser encore une fois la couronne. Ce spectacle en quelque sorte de la destinée qui se prononçait, ne faisait qu'augmenter mes angoisses sur le maréchal… Je ne pourrai l'aborder; ai-je encore le droit et aurai-je encore le courage de lui parler après le cruel adieu de Paris?