«—Très certainement. Comment! vous n'avez pas entendu parler de ma malheureuse affaire?
«—Non.
«—Mais j'ai passé pour mort, j'ai tué…
«—L'amant de votre femme; vous êtes, m'écriai-je en l'interrompant avec feu, vous êtes donc le mari de la belle Polonaise?
«—Oui, en savez-vous des nouvelles?
«—Je l'ai vue ainsi que votre père.» Alors je lui fis la relation exacte de ma rencontre avec Paula. Le pauvre homme n'en pouvait revenir, et malgré sa joie, sa douleur, et toutes les émotions attendrissantes sur les souffrances de sa jeune et belle femme, l'idée de ses pélerinages le faisait parfois éclater de rire, et dans un autre moment il me demandait, d'un grand sérieux, si je ne la croyais pas un peu folle; puis la jalousie reprenait ses droits; il ne voulait pas absolument croire que, seule, elle aurait osé parcourir les grandes routes. Je lui répétai que je l'y avais trouvée, que je l'avais vue le lendemain entreprendre nu-*pieds une route de huit ou dix lieues, et qu'elle était décidée alors à finir ses dévotions par la prise du voile dans un couvent en Pologne, mais que depuis elle avait été à Rome. Il perdait la tête, cet infortuné d'Autré. Je lui montrai la copie du manuscrit de Paula; si c'eût été l'original, il n'y eût pas eu moyen de le refuser à ses vives instances.
«Ah! me disait-il, si vous saviez combien elle a d'esprit et surtout d'instruction, vous cesseriez de vous étonner de mon étonnement. Se jeter dans un couvent, cela se conçoit encore; mais courir, s'exposer à un vagabondage qui, pour être religieux, n'en est pas moins imprudent! ah! c'est moi qui en perdrai la raison.»
Puis par une fort plaisante transition, passant des plus touchans regrets aux réflexions de la plus puérile vanité, le voyageur plaignait seulement les pieds mignons et le beau teint de la pélerine.
«Elle sera horrible.
«—Et qu'importe! n'est-ce pas toujours elle? songeons d'abord à la retrouver: si bien sincèrement vous pouvez lui pardonner, vous serez très heureux avec elle, car j'ai pu apprécier dans Paula une âme peu commune.»