«—Mais, mon Dieu, je ne voyage pas pour conspirer, mais pour secourir et consoler, si je puis.

«—Je le sais, et je vous en indiquerai une belle et touchante occasion; je vous ferai connaître une personne intimement liée avec le brave et malheureux général Gruyer[21], l'ami du préfet de Paris; oui, son ami et son compatriote.

«—On me l'a dit.

«—Ces traits de générosité sont si rares dans les temps de parti et de la part des hommes du pouvoir, que je suis heureux de vous apprendre que M. de Chabrol a eu le courage de le sauver.

«—Eh bien! je tiens M. de Chabrol pour un des plus honorables caractères de nos temps de passions aveugles et sottes. Mais est-ce le brave Gruyer qui réclame à Londres la chaleur de mes services?

«—Non, mais un de ses intimes amis.

«—Eh bien! aussitôt arrivée, vous me le ferez connaître.»

Au moment où le major me quitta pour aller arrêter nos places, je vois entrer Mangrini, rouge de colère, serrant les poings et débitant en italien toutes les hyperboles furibondes de l'indignation; je le priai d'abord de se calmer, puis de me dire le motif de son émotion. «Oh! maledellittissimi inglesi! ils insultent, et quand on leur en demande raison, ils vous montrent leurs poings fermés comme des facchini. Ah! vivent les Français! cela n'hésite pas pour un coup d'épée ou de pistolet, c'est un plaisir; mais les Anglais, la sotte et orgueilleuse nation; grossière, insupportable! Voulez-vous fuir aussitôt avec moi de cette terre maudite?

«—Mais à qui en avez-vous? Que vous est-il donc arrivé?

«—J'en ai à une quinzaine d'ivrognes; je veux voir Douvres, je parle mal l'anglais, j'ai demandé un guide, on s'est moqué de moi; ils m'ont poursuivi du nom de Français, de propos sur Waterloo, sur leur Wellington. Je leur ai crié qu'il ne valait pas une chiquenaude d'un des grognards de l'île d'Elbe.