[L.] Preuve du precedànt article.
[LI.] Les Gots ont introduit la barbarie dans l'Europe.
[LII.] De la Crimogée, & du Specimen Islandicum, d'Angrimus Jonas.
Fin de la Table.
AVIS,
Touchant mon Ortografe.
Quoy qu'il n'y ait rien de resolu pour l'Ortografe de nostre Langue, & qu'il soit permis à qui que ce soit de s'en faire une, comme il s'imagine qu'elle devroit estre: Je ne veux pourtant pas me servir d'une liberté si publique, sans ràndre raison de cele que j'ay prise dans ce petit Ouvrage.
Je croy que nôtre escriture doit estre l'image de nôtre parole, tout ainsi que nôtre parole est l'image de nôtre pansée. Cela estant. Il me sàmble que nostre Ortografe se devroit conformer à nostre prononciation, qui fait nostre parole; & que l'on ne devroit pas nous obliger d'escrire par, e, ce que nous prononçons par, a; d'escrire par une letre double, ce que nous prononçons par une letre simple; ni d'escrire par, h, ce que nous prononçons sans aspiration.
Cete raison est fortifiée de l'exàmple des Italiens, dont la Langue a une perfection plus anciene que n'est la perfection de la nostre; si toutefois on doit apeler perfection, ce que l'Usage qui en est le maître, peut changer comme il luy plaît. Or les Italiens qui prononcent ce qu'ils escrivent, escrivent aussi ce qu'ils prononcent. Et je ne doute en façon du monde, que nos anciens Peres qui nous ont laissé leur Ortografe, n'ayent prononcé comme ils escrivoient. Ce que j'asseure d'autant plus librement, que les Valons d'aujourd'huy, qui parlent ce que nous apelons Vieux Gaulois, prononcent ces mots, commencement, commendement, contentement, &c. comme ils les escrivent par e, & non pas, commancemant, commandemant, contantemant, &c. comme on les prononce en France, par, a. Et par la raison que nous ne prononçons pas aujourd'huy ces mesmes mots, comme on les prononçoit le temps passé; Je m'estonne que l'on n'ait changé leur Ortografe, en mesme temps que l'on a changé leur prononciation. Car l'escriture estant, comme j'ay dit, l'image de la parole, l'Ortografe doit suivre la prononciation, comme l'ombre suit le corps.
J'avoüe que dans ces mots, commàncemànt, commàndemànt, contàntemànt, &c. l'a ne doit pas estre prononcé avec toute sa force. Mais il est constant que ces mots, & leurs sàmblables, doivent estre prononcez, par, a. Puis donc qu'il ne s'agit que de donner une prononciation moins forte à cet, a; Il sufiroit ce me sàmble, de marquer cete maniere plus douce, par un accent grave, tel que je l'ay mis sur tous les, à, que j'ay changez pour des, e.
Je n'ay pas fait ce changemànt dans tous les mots, où suivant mon raisonnemànt, il me sàmbloit que je le pouvois faire: Parce que l'on ne peut pas changer d'abord, & tout à coup, ce qu'un usage inveteré s'est acquis, par la longueur du temps qui l'autorise. Je me suis imposé cete loy dans ce commàncemànt, de ne changer l'e, en a, par tout où l'e, se prononce par a, que dans les noms, & dans les verbes. Dans les noms, comme, sàntimànt, raisonnemànt, changemànt, &c. Dans les verbes, comme, apràndre, sàntir, pànser, &c. Je laisse l'e, dans la preposition, en, & dans les noms, & les verbes où cete preposition entre, & où elle sert de composition. Dans les noms, comme, entàndemànt, engagemànt, endommagemànt, &c. & dans les verbes, comme, enseigner, enfanter, enquerir, &c. où je laisse, en, comme on l'escrit ordinairement, par, e. Je laisse l'e, aussi, dans tous les adverbes, qui finissent en, ment; dont le nombre est tres-grand. Je le laisse à, temps, sens, accent, dent, cent, &c. J'escris ancore, par un a; parce qu'il est derivé de ancóra, que les Italiens escrivent, & prononcent par un a.