Et il se dit d'estranges Histoires des ravages que ces animaux ont faits dedans ces terres.
Le Groenland a esté de tout temps, tres-fertile en Cornes, que l'on appelle de Licornes. Il s'en void en Danemarc beaucoup d'entieres, quantité de tronçons & de bouts, & un nombre infiny de pieces, qui les rendent tres-communes dans ce Royaume. Vous me demanderez qu'elles sont les Bestes qui portent ces Cornes. Je vous diray, Monsieur, que ces cornes, improprement dites cornes, n'ont rien de commun avec les veritables, & proprement nommées telles, de quelque nature qu'elles puissent estre; & que comme le nom de celles-cy est ambigu, il y en a qui doutent encore, si les Bestes qui les portent, sont chair, ou poisson. Vous noterez que les cornes de Licornes, que nous avons veuës en Danemarc, soit entieres, soit en pieces, sont de mesme matiere, de mesme forme, & de mesme vertu, que celles qui se voyent en France, & autre part. Cette belle corne entiere, de laquelle je vous ay autrefois parlé, & que j'ay veuë à Friderisbourg, chez le Roy de Danemarc, est sans contredit plus grande que celle de sainct Denis. Il est vray qu'elle n'est pas droite, & qu'elle est faucée à deux ou trois pieds de la pointe; mais elle est, quant au reste, de mesme couleur, de mesme figure, & de mesme poids, que celle de S. Denis. Pour les pieces de ces cornes que nous avons veuës en divers endroits de Coppenhague, il est certain que l'on les croit antidotes contre les venins, tout ainsi que celles qui se voient à Paris, & ailleurs. Cela posé pour constant, que toutes ces sortes de cornes qui se voyent en Danemarc, sont entierement semblables à celles de France, & que celles de Danemarc viennent de Groenland; il est question de sçavoir quelles Bestes ce sont qui portent ces cornes en Groenland. M. Vormius m'a dit le premier que ce sont des Poissons. Sur quoy je vous diray que j'ay eu de grandes disputes avec luy, lors que nous estions à Christianople; parce que cela renverse l'opinion de tous les anciens Naturalistes, qui ont traitté des Licornes, & nous les ont dépeintes Terrestres, & à quatre pieds: & que cela choque quantité de passages de l'Escriture Saincte, qui ne peuvent estre entendus que des Licornes à quatre pieds. Le bon M. Vormius, exact & sçavant dans les curiositez du Nord, me rescrivit de Coppenhague cette Histoire, que je vous transcriray de sa lettre.
Il y a, dit-il, quelques années, qu'estant chez M. Fris, grand Chancelier de Danemarc, predecesseur de M. Thomasson, qui l'est à present; je me plaignis à ce grand homme, qui a esté durant sa vie, l'ornement, & le soustien de sa patrie, du peu de curiosité qu'avoient nos Marchands, & nos Matelots, qui alloient en Groenland, de ne pas s'informer quels sont les Animaux dont ils nous apportent tant de cornes; & de n'avoir pas pris quelque piece de leur chair, ou de leur peau, pour en avoir quelque connoissance. Ils sont plus curieux que vous ne pensez, me respondit M. le Chancellier, & me fit apporter sur l'heure mesme, un grand Crane sec, où estoit attaché un tronçon de cette sorte de corne, long de quatre pieds. Je fus saisy de joye, de tenir une chose si rare, & si precieuse, entre mes mains; & ne pouvant assouvir mes yeux, il me fut d'abord impossible de comprendre ce que c'estoit. Je priay M. le Chancellier de me permettre de l'emporter chez moy, pour le considerer tout à loisir; ce que volontiers il m'accorda. Je trouvay que ce crane ressembloit proprement à celuy d'une teste de Balene; qu'il avoit deux trous au sommet, & que ces trous perçoient dans le palais: Que c'estoient sans doute les deux tuyaux, par lesquels cette beste rejettoit l'eau qu'elle beuvoit. Et je remarquay que ce que l'on appelloit sa Corne, estoit fiché à la partie gauche de sa machoire de dessus. Je conviay mes amis les plus curieux, & les meilleurs Escoliers de mon auditoire, de venir veoir cette rareté dans mon cabinet. Un Peintre que j'avois appellé, s'y estoit rendu: Et je fis tirer en presence des assistans, un portrait de ce crane avec sa corne, tel qu'il estoit, de figure, & de grandeur: afin qu'ils peussent estre tesmoins, que ma copie avoit esté prise sur un veritable original. Ma curiosité ne s'arresta pas là. Ayant eu advis qu'un semblable animal avoit esté porté, & pris en Islande, j'escrivis à l'Evesque de Hole, nommé Thorlac Scalonius, qui a esté autrefois mon disciple à Coppenhague; & le priay, comme mon amy, de m'envoyer le portrait de cette beste; ce qu'il fit, & me manda que les Islandois l'appelloient Narhual, comme qui diroit, Balene qui se nourrit de cadavres; parce que, Hual, signifie une Balene, & que, Nar, signifie un cadavre. C'estoit en effet le portrait d'un veritable poisson, qui ressembloit à une Balene. Et je vous promets, de vous le faire voir à vostre retour de Christianople, avec celuy du crane que j'ay eu de M. le Chancelier Fris.
M. Vormius ne manqua pas à nostre retour, de satisfaire à sa promesse, & au delà; car il ne se contenta pas de me faire voir les portraits de ces poissons: il me mena dans son cabinet, où je vy sur une table, dressée pour cela, l'original & le crane mesme, avec la corne de cette beste, que M. le Chancelier Fris, luy avoit autrefois confiée. Il l'avoit euë sur sa promesse, d'un Gentilhomme de Danemarc, gendre de M. Fris, à qui ce partage estoit escheu, qu'il estime huit mille risdalles; & l'avoit fait porter de vingt lieuës de Coppenhague, pour la faire voir à Monsieur l'Ambassadeur. Je vous advoüe, que je ne me pûs lasser d'admirer une curiosité si exquise, & l'ayant rapportée à Monsieur l'Ambassadeur, il la voulut voir dans le mesme cabinet. Son Excellence considera cette rareté avec plaisir, & pria M. Vormius de la luy prester, pour en avoir une exacte peinture, laquelle il a fait faire, & qu'il emporte à Paris. Ce grand homme qui a des complaisances genereuses pour tous les Vertueux, sera ravy de leur faire voir cette peinture, & de leur communiquer ce qu'il apportera de plus curieux du Nord. Il a des inclinations particulieres pour vous, Monsieur, & pour tous ces Messieurs qui composent l'illustre Mercuriale de la Bibliotheque de M. Bourdelot. Et je sçay que son Cabinet, qu'il veut rendre accomply, si Dieu luy fait la grace d'arriver en France, vous sera ouvert, & à tous ces Messieurs, avec une extreme joye.
Il est certain que le nom d'Unicorne est equivoque, & qu'il appartient à plusieurs sortes d'animaux; tesmoin l'Orix, & l'Asne Indique, dont Aristote a fait mention; & cette Beste farouche que Pline a descrite, qui a la teste d'un cerf, le corps d'un cheval, & le pied solide comme celuy d'un Elephant, qui est d'une legereté, & force, incomparables: Et qui est en effet cette veritable Licorne, dont l'Escriture Saincte a parlé en divers endroits: Si agile, qu'il est escrit par rareté, & merveille, que Dieu fera sauter le Schirion, qui est une montagne du Liban, comme le faon d'une Licorne; & si forte, que la force de Dieu mesme, est comparée à la sienne: Deus fortis, disoit Moyse, eductor Judæorum, vires ejus ut Monocerotis. Or il n'y a nulle apparence de mettre nos Licornes du Nord, que nous connoissons aquatiques, sous l'espece de ces Licornes, que l'on croid estre du Midy, ou du Levant, & qui sont notoirement terrestres. Le Prophete Isaie, predisant aux Juifs que Dieu les chasseroit de Jerusalem, eux, & leurs Roys, qu'il appelle Unicornes. Descendent, dit-il, Unicornes cum eis. Ce qui ne peut estre entendu que d'une descente terrestre. Et si le Prophete avoit creu que les Licornes eussent esté des Poissons, il auroit dit vray-semblablement, natabunt, au lieu de descendent.
Je poserois donc une espece d'Unicornes marins, comme l'on a posé des especes de chiens, de veaux, & des loups marins. Et la chose ne seroit pas nouvelle, puis que Bartolin, Autheur Danois, a fait un Chapitre expres, des Unicornes marins, dans son traité des Unicornes. Mais il se rencontre une difficulté contraire à cette position. Car il est question de sçavoir, si ces Unicornes marins, dont nous parlons, sont veritablement Unicornes; & si ce que nous appellons leurs cornes, sont veritablement des Cornes, ou des Dents. La resolution de la premiere doute depend de la derniere. Car si ce sont des dents, ces poissons ne peuvent estre dits Unicornes, parce qu'ils n'auront point de cornes; & si ce sont des cornes, ils seront notoirement Unicornes, parce qu'ils n'auront qu'une corne. M. Vormius asseure que ce sont des dents, & non pas des cornes. Et je voy qu'Angrimus Jonas les appelle des Dents, dans cét endroit de son Specimen Islandicum, où il parle d'un signalé naufrage que fit un Evesque de Groenland, nommé Arnaud, passant en Norvegue, dont le vaisseau fut rompu par la tempeste, dedans l'Isthme de l'Islande occidentale. Le naufrage arriva l'an de Christ 1126. Et dans le dénombrement qui fut fait des choses recueillies du debris, Reperti sunt, dit le bon Angrimus, Dentes Balenarum pretiosi, & potiores, maris æstu in siccum rejecti, ac literis Runicis, indelebili glutine rubescentis coloris, inscripti; ut Nautarum quilibet suos, peracta aliquando navigatione, recognosceret. Et il est constant que ce qu'Angrimus Jonas appelle icy, Dentes Balenarum pretiosos, est entendu en Danemarc, & se doit entendre de ces cornes, que nous appellons de Licornes, & dont nous parlons maintenant. Ce qui me fait croire que ce sont des dents, & non pas des cornes, est qu'Aristote nous donne pour veritable, & certain, que tous les Unicornes portent leurs cornes au milieu du front, dans la region ordinaire des cornes, & que ces Poissons portent, ce que nous appellons leurs cornes, au bout de leurs machoires, & de leurs gencives, à l'endroit où se fichent les dents. Que les cornes s'attachent au front, per Symphysin, que les dents s'enfoncent dans les machoires, per Gomphosin; Et que nous avons veu clairement dedans ce crane, que nous a monstré M. Vormius, que ce que nous avons pris pour une corne, estoit enfoncé dans la machoire, environ un pied de profondeur; Et qu'il estoit estendu en long au dehors, comme une lance couchée; de mesme que le poisson Pristes porte sa Scie, & que l'autre poisson Xiphias porte son Espée.
J'ay leu une belle raison dans Aristote, que je dirois plustost une belle remarque, sur l'unité de cornes des Unicornes. Il dit que tous les Animaux qui ont deux cornes, ont l'ongle divisé en deux, & que tous les Unicornes ont l'ongle solide, & indivis. Que la nature a fait une mesme union, & une mesme consolidation, d'ongles, & de cornes, aux pieds, & à la teste, des Unicornes; comme elle a fait une mesme division d'ongles, & de cornes, aux pieds, & à la teste, des autres animaux. D'où il resulte, que la seule distinction des Unicornes d'avec les autres animaux, consiste, dans l'unité, & solidité, de leurs ongles, & de leurs cornes. Et que par la mesme raison que les Unicornes portent leurs ongles aux pieds, comme les autres animaux; ils portent leurs cornes au mesme endroit de la teste, qui est le front. Et que comme les autres animaux, qui ont deux cornes, les portent aux deux costez du front; les Unicornes, qui n'en ont qu'une, la portent au milieu du front. Mais tout ainsi que les Poissons, dont nous parlons, n'ayant ny ongles, ny pieds, ne peuvent avoir de cornes à la teste; il s'ensuit que ce que nous appellons leurs cornes, estant enfoncé dans leur machoire, & n'estant pas attaché à leur front, ne peut estre des cornes, & partant que ce sont des dents.
Je n'estois pas du commencement de cét advis; & comme je le contestois avec M. Vormius, Monsieur le grand Maistre de Danemarc (de qui mes lettres vous ont appris, & la haute naissance, & l'eminente vertu, & la dignité relevée qu'il possede en Danemarc, de seconde Personne absoluë apres le Roy:) Ce grand homme, qui m'a honoré d'une particuliere bien-veuillance, & qui a pris plaisir de contenter ma curiosité en tout ce qu'il a peu, me dit à ce propos une chose qui me confirmoit dans ma premiere opinion, que c'estoient des cornes, & non pas des dents. Il me raconta que le Roy de Danemarc son maistre, voulant faire un present d'une piece de cette sorte de cornes, & le voulant faire beau, luy commanda de scier une corne entiere qu'il avoit, & de la scier au tronçon de la racine, qui est l'endroit le plus gros, & le plus beau. Ayant scié une partie de cette corne, qu'il croyoit solide, il rencontra une concavité, & fut estonné de voir dans cette concavité, une petite corne, de mesme figure, & de mesme matiere, que la grande. Il continua de scier la grande tout autour, sans toucher à la petite; Et trouva que la petite estoit advancée, de mesme que la concavité, dedans la grande, environ un pied, & que le reste de la grande estoit solide. Je m'allay representant sur ce recit, que les Bestes qui portoient ces cornes, muoyent comme les Cerfs; que leurs grandes cornes tomboient, & que d'autres renaissoient en leur place. Et que c'estoit sans doute la raison pour laquelle tant de cornes, separées de leurs testes, estoient portées sur les glaces de Groenland, en Islande. Mais je fus vaincu sans resistance quand j'eus veu le Crane, dont je vous ay parlé, & que j'eus consideré cette longue racine, qui estoit fichée dans sa machoire. Cela mesme que m'avoit dit Mr le grand Maistre, me fit croire que ce qu'il avoit scié estoit une dent, & non pas une corne. Qu'il se peut faire que les dents tombent, & renaissent, à ces poissons, comme elles tombent, & renaissent, aux enfans, & à quelques hommes; Et que l'on voit assez souvent que les dents qui tombent, sont poussées, & sollicitées de tomber, par d'autres dents nouvelles, qui sortent devant que les vieilles soient tombées. Qu'une pareille chose n'arriva jamais aux Cerfs qui mettent bas; & que leurs testes demeurent nuës, comme s'ils n'avoient jamais eu de cornes, jusques à ce que les nouvelles renaissent, & se forment.
Mais un discours si long de cornes pourroit estre importun, & je le vay finir par le jugement que nous devons faire de la Corne, que l'on appelle de Licorne, qui est à sainct Denis. Je vous ay dit qu'elle est en tout & par tout semblable à celles de Danemarc. J'adjousteray à cela, que les Danois croyent pour tout asseuré, & s'engageroient de le prouver, que toutes ces especes de cornes, qui se voyent en Moscovie, en Allemagne, en Italie, & en France, viennent de Danemarc, où cette sorte de traffic a eu grand vogue, lors que le passage de Norvegue en Groenland, a esté libre, & conneu, & que reglement, on alloit, & venoit, de l'un à l'autre, tous les ans. Les Danois qui les envoyoient ça, & là, pour les vendre, n'avoient garde de dire que ce fussent des dents de poissons; ils les exposoient comme des cornes de Licornes, pour les vendre plus cherement. Et comme ils l'ont fait autresfois, ils le pratiquent encore tous les jours. Il n'y a pas long-temps que la Compagnie du nouveau Groenland, qui est à Coppenhague, envoya un de ses associez en Moscovie, avec quantité de grosses pieces de cette sorte de cornes, & un Bout entre autres, de grandeur fort considerable, pour le vendre au grand Duc de Moscovie. On dit que le grand Duc le trouva beau, & le fit examiner par son Medecin. Ce Medecin, qui en sçavoit plus que les autres, dit au grand Duc que c'estoit une Dent de poisson; & l'Envoyé retourna sur ses pas à Coppenhague, sans rien vendre. Comme il rendoit raison de son voyage à ses associez, il jetta toute la cause de son malheur sur ce meschant Medecin, qui avoit descrié sa marchandise, & avoit dit que tout ce qu'il avoit porté, n'estoit que des dents de poissons. Tu és un mal-adroit, luy respondit un associé, qui me l'a redit; Que ne donnois-tu deux ou trois cents ducats à ce Medecin, pour luy persuader que c'estoient des Licornes? Ne doutez pas, Monsieur, que la corne qui est à sainct Denis, ne soit venuë originairement du mesme lieu, & n'ait esté venduë de cette sorte. Je n'ose dire le temps qu'il y a que je ne l'ay veuë; mais si la memoire de l'idée qui m'en est restée, ne me trompe, c'est une Dent semblable à celles que nous avons veuës en Danemarc. Car elle a mesme racine que les autres. Elle a sa racine creuse, & corrompuë, par le bout, comme une dent gastée. Et si cela est, je soustiens que c'est une Dent, qui est tombée d'elle-mesme de la machoire de ce poisson, que les Islandois appellent Narhual, & que ce n'est point une Corne.
Revenons en Groenland. La Chronique Islandoise raporte, que l'air y est plus doux, & plus temperé qu'en Norvegue; qu'il y nege moins, & que le froid n'y est pas si rude. Ce n'est pas que par fois il n'y gele fort asprement, & qu'il n'y ait des Orages tres-impetueux; mais ces grands froids, & ces grands Orages, n'arrivent pas souvent, & ne durent pas long-temps. La Chronique Danoise remarque, comme une chose bien estrange, qu'en l'année 1308. il fit des Tonnerres espouventables dans le Groenland, & que le feu du ciel tomba sur une Eglise, nommée Skalholt, qui brula entierement. Qu'en suite de ce tonnerre, & de ce feu, il se leva une Tempeste prodigieuse, qui renversa les sommets de quantité de rochers, & que des Cendres volerent de ces rochers rompus, en si grande abondance, que l'on croyoit que Dieu les faisoit pleuvoir pour punir les peuples de cette terre. Cette tempeste fut suivie d'un Hyver si rude, qu'il n'y en eut jamais de pareil en Groenland; & la glace y demeura un an entier, sans se fondre. Comme je racontois le prodige de cette pluye de cendres, à Monsieur l'Ambassadeur, il me dit qu'estant à la Rochelle, un Capitaine de mer qui revenoit des Canaries, l'avoit asseuré, qu'estant à l'ancre, à six lieuës de ces Isles, une pareille pluye de cendres estoit tombée sur la rade où il estoit, & que son Vaisseau en avoit esté couvert comme s'il eust negé dessus. Qu'un orage si extraordinaire estoit venu d'un grand tremblement de terre, qui avoit escroulé des montagnes de feu qui sont aux Canaries, & que le vent en avoit jetté les cendres jusques à six lieuës dedans la mer. Il y a de l'apparence, que les cendres qui estoient sorties de ces rochers du Groenland, venoient d'une pareille cause, & qu'il y a dans cette contrée des montagnes ardentes, & des lieux sous-terrains, qui brulent, comme il y en a aux Canaries, & ailleurs. Ce qui peut estre sans contredit, & n'est pas incompatible, par l'exemple, & le voisinage, du mont Hecla de l'Islande, qui est beaucoup plus septentrionale, que n'est pas cette partie du Groenland; comme aussi par l'exemple d'autres montagnes ardentes, qui sont chez les Lappes plus élevez, bien loin au delà du cercle Arctique; & qui est confirmé par ce que vous avez peu remarquer cy-dessus, dans la vieille description de cette Terre, qu'il y a des Bains si chauds, que l'on ne les peut souffrir en Hyver.