Cependant, mes compagnons font aussi leurs préparatifs pour aller à Bou-Dnib. Ils voudraient m’emmener avec eux et je voudrais avoir la force de les suivre.

— Réfléchis bien, Si Mahmoud, me dit le Berbri, il en est temps encore. Nous marcherons tout un mois, nous traverserons des pays où les occasions seront nombreuses pour toi de voir beaucoup de choses et de t’instruire. Nous remonterons le Guir, nous irons jusqu’au Tafilala ou bien encore jusqu’au Tisint… Tu seras reçu partout comme notre frère.

La tentation est bien forte… Mais partir ainsi, faible comme je suis encore, et sans autorisation, sans avertir personne… Ce voyage d’étude et de curiosité ne serait-il pas mal interprété ? Bien à contre-cœur, je me résigne à reprendre aujourd’hui la route de Béchar…

Comme ce voyage de retour sera différent de ce qu’il fut à l’aller, quand je marchais vers le pays inconnu !

— Non, El-Hassani, je ne puis pas. Ce sera pour plus tard, dans quelque temps. Quand je pourrai, je te préviendrai !

— Que Dieu rende l’accomplissement de tes projets facile !


Deux autres nègres, qui s’en iront à pied, sont là, assis, immobiles contre le mur, leur fusil sur les genoux. Ils comprennent à peine l’arabe, car ils sont nés et ont grandi sur la route de Fez, chez les Aït-Ischorouschen, les plus frustes et les plus fermés d’entre les Berabers.

L’un d’eux garde un silence farouche et me jette un regard bas. A ses yeux évidemment, je ne suis qu’un réprouvé, un M’zani maudit.

Sur un ordre bref d’El-Hassani les nègres sellent les chevaux. Du doigt mes compagnons de la zaouïya me montrent la direction du Guir, qu’ils vont prendre. Cependant, ils ne me quitteront pas brusquement. Ils tiennent à m’accompagner un peu et reviendront ensuite sur leurs pas.