Puis peu à peu, ils s’excitent. Des gouttes de sueur perlent sur leur front, les prunelles sombres de leurs yeux se dilatent et leurs narines mêmes palpitent. Ils se renversent en arrière, roulant sur la natte, comme ivres.

L’homme au tambourin élève son instrument à bras tendus, au-dessus de sa tête, et frappe, frappe, par saccades sourdes, sans cesse accélérées, jusqu’à une cadence folle.

Le joueur de chalumeau, les yeux fermés, balance sa tête coiffée du haut turban à cordelettes des nomades arabes.

Les autres chantent, sans s’arrêter, comme sans respirer, et c’est le chant haletant, le terrible chant qui, tout à l’heure, soulevait d’une ardeur sauvage la chair en moiteur des négresses.

Les pipes de kif circulent.

Peu à peu, avec le thé à la menthe poivrée, avec les fumées odorantes, les senteurs nègres, la musique et l’étouffement de la pièce, un souffle de démence semble effleurer les fronts ruisselants des nègres.

Des sursauts convulsifs les secouent tout entiers.

Tout à coup, le beau Soudanais qui jouait du tambourin semble pris de fureur. Il lance de toutes ses forces le bendir sur les trois petites cornes du brûle-parfums.

La peau mince se crève.

Alors des rires s’élèvent. Avec une sorte de rage, les nègres déchirent l’instrument.