Aller à Béchar ! Dépasser enfin cette limite fatidique de Beni-Ounif, cela suffit pour que je me sente calme et joyeuse, pour que l’ennui qui commençait à m’envahir à Aïn-Sefra achève de se dissiper…
Le temps passe, et ce Djilali tarde à venir.
Le jour se lève, un jour splendide d’été, sans un nuage, sans une brume. Une brise fraîche, qui souffle depuis hier soir, a chassé toutes les poussières, toutes les vapeurs. Le ciel s’ouvre, infini, profond, d’une transparence verte d’océan tranquille.
A l’horizon, dans tout ce vert doré, une lueur plus jaune et plus ardente monte, passant bientôt à l’orangé vif, puis au rouge. En face, dans l’occident obscur, la lune descend, livide, comme le visage d’un mourant.
Tout près de nous, la grande koubba blanche de Sidi Slimane se profile en or, sur le cuivre encore vert du ciel. Des rayons orangés baignent le sol sombre, les tombeaux et les maisons lézardées.
Enfin Djilali arrive, et nous partons, tournant nos chevaux vers la lune qui s’éteint.
Ce mokhazni est un grand garçon brun, bonne et franche figure de nomade Tarfaoui[3] de Géryville. Il est avenant et « dégourdi », et sera pour moi un bon compagnon de route.
[3] De la tribu des Trafi.
… Nous cheminons dans la vallée de pierre noire, entre le Djebel Grouz, encore tout irisé, et les basses collines brûlées du Gara.
Vers la droite passe la jolie petite palmeraie de Mélias, assoupie avec ses « séguia » et ses bassins limpides, à l’entrée d’une gorge profonde du Grouz.