L’an dernier, les bandes de pillards pourchassées venaient s’abreuver là, dans ces jardins déserts, si paisibles et si souriants aujourd’hui.


A mesure que nous nous éloignons de la stérilité de Beni-Ounif, l’alfa apparaît sur le sol sablonneux. Des oueds se creusent, remplis d’arbustes de plus en plus touffus. Quelques grands lentisques, — l’arbre providentiel des solitudes ardentes — y promènent leur ombre circulaire sur le sol rouge, au cours des heures vides.


… Un nuage de poussière vient sur nous de l’Ouest, à l’encontre du vent.

C’est une compagnie de la Légion, des hommes blonds et fortement bronzés, couverts de poussière, qui rentrent du Sud en chantant des romances allemandes ou italiennes.

Sur les araba du train chargés de bagages, les malades sont couchés.

Juchés très haut, ils regardent la monotonie du paysage avec l’indifférence morne des fiévreux, en supputant en silence l’heure probable de l’arrivée à Beni-Ounif, d’où, demain, on les transportera, par chemin de fer, à l’hôpital d’Aïn-Sefra.

… Une heure se passe. Nous rejoignons encore un petit convoi d’araba, escorté de tirailleurs.

Les hommes se sont débarrassés de leurs sacs et de leurs fusils, qu’ils ont chargés sur les carrioles ; ils marchent tout doucement, au petit pas des mulets, avec l’air de gens qui se promènent.