— Je t’adopte pour frère, au nom d’Abd-el-Kader Djilani.

— Moi aussi.

Et il me serra la main.

— Comment t’appelles-tu ?

— Mahmoud ben Abdallah Saâdi.

— Écoute, Mahmoud, si je ne t’adoptais pas, moi aussi, pour frère, si nous ne l’étions pas déjà par notre cheikh et notre chapelet, et si je ne voyais pas que tu es un taleb, je me serais mis fort en colère au sujet de ta demande, car il n’est pas d’usage, tu le sais, de parler de sa famille. Mais écoute, et tu verras que le « mektoub » de Dieu est tout-puissant, que rien ne saurait le détourner.


— Deux années auparavant, Hama Srir chassait avec Sélem dans les environs du bordj de Stah-el-Hamraïa, dans la région des grands « chotts » sur la route de Biskra à Eloued.

C’était en été. Un matin, Hama Srir fut piqué par une « lefaâ » (vipère à cornes) et courut au bordj : la vieille belle-mère du gardien, une Riria (originaire de l’Oued-Rir) savait guérir toutes les maladies — celles du moins que Dieu permet de guérir.

Le gardien était parti pour Eloued avec son fils, et le bordj était resté à la garde de la vieille Mansoura et de sa belle-fille déjà âgée, Tébberr. Vers le soir, Hama Srir ne souffrait presque plus et il quitta le bordj, pour aller rejoindre son frère dans le chott Bou-Djeloud. Mais il avait un peu de fièvre, et il voulut boire. Il descendit à la fontaine, située au bas de la colline rougeâtre et dénudée de Stah-el-Hamraïa.