Un jour qu’elle était sortie à l’heure ardente de midi, pour abriter son troupeau de chèvres, elle crut défaillir : un homme, vêtu d’une longue gandoura et d’un burnous blancs, armé d’un long fusil à pierre, montait vers le bordj.

En hâte elle se retira dans le coin de la cour où était leur humble logis et là, tremblante, elle invoqua tout bas Djilani « l’Émir des Saints » car, elle aussi, était de ses enfants.

L’homme entra dans la cour et appela le vieux gardien :

— Abdallah ben Hadj Saâd, dit-il, mon père était chasseur, il appartenait à la tribu des chorfa Ouled-Seïh, de la ville de Taïbeth-Guéblia. Je suis un homme sans tare et dont la conscience est pure — Dieu le sait. Je viens te demander d’entrer dans ta maison, je viens te demander ta fille.

Le vieillard fronça le sourcil.

— Où l’as-tu vue ?

— Je ne l’ai pas vue. Des vieilles femmes d’Eloued m’en ont parlé… Telle est la destinée.

— Par la vérité du Koran auguste, tant que je vivrai jamais un vagabond n’aura ma fille !

Longuement Hama Srir regarda le vieillard.

— Ne jure pas les choses que tu ignores… Ne joue pas avec le faucon : il vole dans les nuages et regarde en face le soleil. Évite les larmes à tes yeux que Dieu fermera bientôt !