— Tous les mois je descends à Remirma, pour voir ma femme, me dit Hama Srir en terminant son récit. Dieu ne nous a pas donné d’enfants. Un instant, très pensif, il garda le silence, puis il ajouta plus bas, avec un peu de crainte :
— Peut-être est-ce parce que nous avons commencé dans le haram (le péché, l’illicite). Oum-el-Aâz le dit… Elle sait.
… Il était très tard déjà, et les constellations d’automne avaient décliné sur l’horizon. Un grand silence solennel régnait au désert. Nous nous étions roulés dans nos burnous, près du feu éteint, et nous rêvions — lui, le nomade dont l’âme ardente et vague était partagée entre la jouissance de sa passion triomphante et la crainte des sorts, la peur des ténèbres, et moi, la solitaire, que son idylle avait bercée. — Et je songeais au tout-puissant amour qui domine toutes les âmes, à travers le mystère des destinées !
NOSTALGIES
Tout le grand charme poignant de la vie vient peut-être de la certitude absolue de la mort. Si les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d’attachement.
Il y a de grandes nuances dans le ciel de la durée : le Passé est rose, le Présent gris, l’Avenir bleu. Au delà de ce bleu qui tremble, s’ouvre le gouffre sans limite et sans nom, le gouffre des transformations pour l’éternelle vie.
Oui, la notion utile d’un départ forcé et définitif suffit, en certaines âmes, pour donner aux choses de la vie un charme déchirant.
Les lieux où l’on a aimé et où l’on a souffert, où l’on a pensé et rêvé, surtout, les pays quittés sans espoir de jamais les revoir, nous apparaissent plus beaux par le souvenir qu’ils le furent en réalité.