Aucunes paroles ne lui eussent suffi pour exprimer la splendeur enivrante de ce spectacle — enivrante parce qu’éphémère et d’une infinie mélancolie en son essence.
Doucement il approchait, longeant maintenant une vague étendue où une infinité de petites dalles grises, caduques et penchées dans le sable, attestaient le lieu de repos éternel des Croyants.
Et voilà que, dans l’immense silence de cette cité qui semblait morte et inhabitée, des voix descendirent, comme du haut des montagnes, pensives et solennelles, des voix qui, en ce même instant, sur ce même air de tristesse supra-terrestre, retentissaient des confins du Soudan noir aux immensités du Pacifique, à travers tant de continents et de mers, pour rappeler un immortel souvenir sacré à tant d’hommes de races si opposées, si dissemblables…
Mais une autre voix, plus lente et plus cadencée, monta d’une rue tortueuse et ensablée. Là-bas, visible, une longue théorie d’hommes en burnous blancs ou noirs, en rouges manteaux de spahis, sortit, très doucement, recueillie et triste, de l’enceinte. D’abord, des vieillards vénérables, de vieilles têtes enturbannées où jamais une seule pensée de doute ou de révolte contre la volonté divine n’avait germé…
Puis, porté sur les épaules robustes de six « souafa » bronzés, presque noirs, une chose allongée apparut, sur la civière voilée d’un drap blanc, immobilisée dans la rigidité froide de la mort. Puis, encore et encore, des formes blanches et noires.
Du groupe des vieillards, une psalmodie lente s’élevait, proclamant l’inéluctable Destinée, la vanité des biens éphémères de ce monde et l’excellence de la mort, qui est l’entrée triomphale de l’Éternité :
« Voici, Seigneur, ton serviteur, fils de tes serviteurs, qui a quitté en ce jour la face de ce monde, où il laisse ceux qui l’aimèrent, pour les ténèbres du tombeau… Et il attestait qu’il n’est pas d’autre Dieu que toi et que Mohammed est ton prophète… Or tu es le Dispensateur du pardon et le Miséricordieux. »
Dans la vallée funéraire, deux hommes creusaient une fosse profonde dans le sable desséché.
— Et, quand le corps fut déposé dans la terre, la face tournée vers la plage de la terre où est la sainte Mekka, et recouvert de palmes vertes, le sable blanc coula doucement, recouvrant pour l’éternité ce qui avait enfermé une âme musulmane, l’âme de quelque humble cultivateur soufi, homme de peu de savoir et de beaucoup de foi.