En contre-bas, dans une petite vallée stérile, semée de pierres grises aux formes singulières et de tombes abandonnées, sans inscriptions, anonymes, se dresse une muraille étrangement dentelée, qui se profile en noir sur tout l’infini bleu de la nuit… Dans cet enclos, sans un arbuste, sans une fleur, participant de la stérilité éternelle du sable, des petites pierres sont dressées, attestent des sépultures, et, dans ce champ, nous distinguons une autre tombe toute blanche, toute laiteuse, sur laquelle coulent les ondes glauques de la clarté lunaire.
… De la porte ogivale de la mosquée, une forme surgit, haute et sombre. Lentement elle glisse à travers l’espace magiquement illuminé, puis descend vers la vallée funéraire, et voici que cette apparition entre dans l’enclos, s’y arrête, immobile, la tête penchée en une contemplation muette, devant la petite tombe blanche.
Non loin de là, dans la grande cité éphémère, sous les tentes noires, la masse des fidèles chante la gloire de cet homme et celle de ses aïeux qui semèrent les grains de la foi renouvelée à travers le pays illimité d’Islam…
Mais le marabout s’est écarté de la foule. Il est venu, poussé par les forces de son cœur, dans la nuit et sur cette tombe, sur cette tombe qui est celle de son premier né, de son fils disparu dans l’abîme du Mystère, alors que ses yeux commençaient à s’ouvrir joyeux et avides sur l’horizon de son pays…
Et l’homme qu’un peuple acclame, et qu’il suivrait jusqu’à la mort, rêve seul, en silence, sur un tombeau d’enfant…
ENVELOPPEMENT
Eloued, 18 Janvier 1901.
Malade depuis quelque temps, souffrant de douleurs intolérables dans tous les membres et d’une inappétence absolue, je me demande parfois si je dois rester ici. Cette idée ne m’effraye pas… Je ne désire, en tous cas, aucun changement d’existence.
Je me suis attachée à ce pays — cependant l’un des plus désolés et des plus violents qui soient. Si je dois jamais quitter la ville grise aux innombrables petites voûtes et coupoles, perdue dans l’immensité grise des dunes stériles, j’emporterai partout l’intense nostalgie du coin de terre perdu où j’ai tant pensé et tant souffert, et où, aussi, j’ai rencontré, enfin, l’affection simple, naïve et profonde, qui, seule, éclaire en ce moment ma triste vie d’une lueur de soleil.