La plaine n’est plus qu’un océan humain versicolore, la foule qui ne cesse point de grossir l’a envahie, et les trois bannières flottent maintenant au-dessus de milliers et de milliers de Croyants.

Et l’homme vers qui monte l’amour et la confiance de cette foule continue de marcher, lentement, silencieusement, impassible, isolé dans le bruit et les acclamations.


Autour de la grande mosquée de la zaouïya surmontée d’une haute coupole, la plaine d’El-Beyada s’étend, déserte et infinie, inondée de lumière subtile.

Plus loin, derrière les maisons d’habitation, un camp nomade immense s’est dressé, une ville née en un jour, peuplant soudain de tentes noires les solitudes désolées d’El-Beyada, qui sont l’entrée de toutes les régions mystérieuses de l’intérieur : Ber-es-Sof, Ghadamès, le Soudan noir.

Là-bas continue le bruit sourd et cadencé des tambourins ; de là-bas montent des chants et les sons enchantés, modulés et doux, des petites flûtes bédouines, faites d’un roseau léger…

Ici, un grand silence lourd pèse sur la mosquée délabrée, sur les tombeaux et sur le sable fauve.


La nuit vint : elle s’était faite sans crépuscule, et presque aussitôt la clarté de la lune baigna le désert.