MANNOUBIA BENT AHMED
LA CONSTANTINOISE
A DIEU RETOURNENT LES CHOSES
IL N’EST PAS D’AUTRE DIVINITÉ QUE DIEU
ET MOHAMMED EST L’ENVOYÉ DE DIEU

A l’heure prestigieuse du mogh’reb, quand s’effeuille la rose immense du soir, un homme vêtu de gros drap, au visage régulier et sévère, monte parfois vers la nécropole silencieuse, pour y attendre la nuit en se souvenant.

Il porte l’uniforme bleu des tirailleurs sous la chéchïya rouge son visage a bruni et maigri, et personne ne saurait plus reconnaître en ce rude soldat le Maure de Tunis délicat et pâle.

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Dans l’ombre parfumée, dans le silence lourd du Souk-el-Attarine, sur lequel la Djemâa Zitouna toute proche jette la grande ombre triste de l’Islam, dans la petite alvéole d’une boutique auréolée de cierges multicolores et pleine d’aromates, un vieillard est assis, appuyé d’un bras faible sur le coffret de nacre qui semble plein de ses souvenirs. Des heures et des jours durant il reste là, plongé dans son rêve immobile, et il attend, les traits émaciés et flétris par la douleur, les yeux usés et décolorés par les larmes.

Il reste là et il attend, témoin du temps, comme une statue dérisoire de lui-même. Il écoute en son cœur vide s’éteindre les derniers battements ; il songe à son fils qui ne reviendra pas et à ce peu de force, en lui, qui va mourir.

NOTES SUR
LA VIE ET LES ŒUVRES
D’Isabelle EBERHARDT

Quand M. Loubet, président de la République, vint en Algérie, Isabelle Eberhardt assistait au banquet de la presse qui fut donné à Alger. Elle y portait, suivant sa coutume, le costume arabe masculin tout de laine blanche, sans aucun ornement de soie, sans aucune autre tache de couleur que les cordelettes brunes en poil de chameau, nouant en tours nombreux, sur son front puissamment sculpté, la mousseline blanche de son haut turban du Sud.

La présence de ce jeune taleb aux belles mains allongées, à la voix douce un peu voilée et traînante, ne fut pas sans intriguer les reporters qui suivaient le voyage présidentiel. Quelques-uns, mal renseignés, envoyèrent à leurs journaux des informations inexactes sur la vie et la personnalité de notre amie, qui se trouvait comparée à une sorte de Velléda arabe, parcourant les tribus comme autrefois la belliqueuse Berbère Kabéna, reine de l’Aurès, pour y prêcher la haine de l’envahisseur. Ces choses répondaient d’ailleurs à des calomnies locales propagées par quelques folliculaires arabophones.

Isabelle Eberhardt tenait à relever ces dires :