— A Bône, où elle revenait, il y a environ un mois, après avoir passé quelque temps à Alger. Elle avait eu des chagrins profonds, elle riait de tout, elle buvait… Et enfin elle est morte de la poitrine.
— Aly, ne connais-tu pas sa tombe là-bas ?
— Non. Mais l’autre nièce de Téboura, Haounia te la montrera. Téboura aussi est morte.
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Derrière les dentelures bleues du grand Idou morose, le noble soleil descend en embrasant les hauteurs environnantes et la colline sacrée, plantée de hauts cyprès noirs et de grands figuiers aux branches tordues.
Là, sous des pierres sculptées multicolores et gracieuses, les croyants de l’Islam viennent dormir le sommeil inexprimable du tombeau.
Rien de lugubre et rien de triste dans ce cimetière plein de fleurs, de vignes et d’arbustes, où les tombes de faïence et de marbre blanc ne sont plus, parmi la terre vivante, que des taches de pureté. Tout y respire le grand calme auguste, la résignation, l’inébranlable assurance consolatrice.
Devant ce jardin de la paix définitive, en bordure de rêve, s’étend le golfe immense, immobile, d’un rose opalin strié d’azur et d’or, beau de tout le grand ciel inondé de clartés.
Sous les ailes de leurs voiles latines, les balancelles maltaises en fuite semblent suspendues dans l’éther entre deux miroirs d’infini.
Là, sur la colline sainte, à l’ombre d’un jeune figuier, il est une tombe de faïence bleue et blanche, la longueur couchée d’un corps de femme entre deux dalles dressées. On y peut lire, en caractères arabes, cette simple épitaphe :