Longtemps, dans les vieilles ruelles, dans les cafés maures de la blanche Annèba, Si Chedli chercha à savoir ce qu’était devenue Mannoubia. Il chercha parmi ceux qui ne parlent pas des femmes, et il fit sa compagnie de ceux-là aussi qui vivent dans la maison des prostituées.
Une année bientôt s’était écoulée depuis la disparition de la Mauresque. Égaré par des renseignements contradictoires, Si Chedli était venu s’échouer à Alger.
Un soir, dans un café de Bab-el-Oued, grouillant de races et qui sentait l’anis, Chedli rencontra un de ses anciens amis de Tunis, devenu sergent aux tirailleurs. Ils échangèrent des souvenirs.
— Mannoubia bent El Kharrouby ?… Je l’ai connue.
— Qu’est-elle devenue ?
— Dieu lui accorde la paix !
Chedli resta accablé, anéanti. En cet instant, il avait senti se refermer sur lui la porte d’un cachot qu’il ne devait plus quitter.
Ainsi, abandonnant patrie, famille, richesse, il était devenu un vagabond, il avait cherché son amie pendant une année, toujours déçu et toujours espérant… Et il venait là pour apprendre qu’elle était morte !
— Mais quand est-elle morte ? Où est-elle morte ?