Chedli demeurait fixe et grave ; il ne demandait rien, il doutait encore et ne comprenait pas.

Il entra dans la cour blanche et déserte, il monta l’escalier de faïence bleue, déchira le rideau et vit la chambre vide. Alors ses yeux se creusèrent affreusement.

— La retrouver, oui, je le jure sur le Dieu unique et sur son Prophète ! je le jure sur le bienheureux cheikh Sidi Mustapha-ben-Azzouz, mon maître en ce monde et dans l’autre… je la retrouverai.

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Longtemps, patiemment, il chercha une trace, un indice. Enfin, par des amis, il apprit que Mannoubia était retournée à Bône, où elle vivait, disait-on, de la vie des courtisanes.

Le cœur de Chedli bondit à cette nouvelle plus encore d’espérance que de colère. Il irait vers son amie, il la prendrait, il effacerait les baisers payés avec ses larmes sincères. De toute cette douleur et de toute cette honte, ils feraient encore de l’amour. Mais, son père vivant, Si Chedli ne possédait rien à lui. Il implora vainement l’autorisation de partir.

Alors, abandonnant sa boutique, il hanta les cimetières et les ruines de la banlieue.

Un jour, il ne revint plus. En vain son père le chercha partout ; Si Chedli était parti, poussé par la force de son cœur.

… Et le vieillard commença à pleurer.

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