[11] Plus tard, quand Isabelle Eberhardt cherchera à connaître les motifs qui pouvaient motiver son expulsion d’Algérie, M. B… chancelier du Consulat de Russie à Alger, lui écrira, le 18 juin 1901 :

« Vous portiez un costume arabe masculin, chose qui, avouez-le vous-même, ne convient pas trop à une demoiselle de nationalité russe. »

« Le cheikh des Chaouïya de la caravane est un vieillard curieux et qui voudrait s’instruire. Il me demande à 3 heures de lui donner une leçon de français… et nous devons nous séparer au mogh’reb (coucher du soleil).

« Arrivée vers 11 heures et demie à Bir-Djefaïr, où nous nous reposons dans la cour du bordj infestée de scorpions. Pour commencer mon apprentissage de caravanier, j’ai rempli la guerba (outre) d’une eau de puits excellente, avec ma tasse de fer-blanc.

« Repartis à 2 heures et demie matin, bon train.

« Arrivée à Chegga vers 3 heures trois quarts. Rencontré des « joyeux » venant de Guémar, sans gradés, pour porter plainte au général, à Batna. Bu le café avec eux.

« Repartis le 20, 5 h. ¾. Arrivée à Bir-Sthil vers 11 heures. Bonne eau. Querelle avec le gardien. Fièvre, soif intense. Pas trouvé à manger (vécu de pain depuis le 18 au soir). Repartis à 9 heures soir.

« Rencontré, au poste télégraphique, à 9 heures, au sud de Sthil, caravanes de Chaamba allant de Barika à Ouargla. Cheikh Abd-el-Kader ben Aly, modèle de la bonne grâce, me propose de me conduire à Ouargla avec sa caravane, sans rétribution.

« Vers 1 heure matin, manqué périr avec mon cheval dans une sebkha (lac salé desséché), à l’ouest de la route.

« A 3 heures, mis pied à terre et prêté mon cheval à un ouvrier Chéouï qui marchait à pied avec nous, pour ne pas être seul. Suivi, comme à la promenade, les plantations de la Société Française de l’Oued-Rir. Arrivée à El-Mérayer, à 5 heures.