«  — Prenez garde, Si Mahmoud, vous vous accoutumerez à notre vie, et, de lendemain en lendemain, vous remettrez toujours le travail littéraire. En fin de compte, ce lendemain ne viendra jamais. Ce n’est qu’une lâcheté pour apaiser les justes remords de la vocation qui se plaint… »

Isabelle Eberhardt ajoutait :

« Je vais cependant commencer quelques notes sur le Souf : Le pays est absolument inédit. »

Parlant de sa vie à Eloued, elle écrit le 10 décembre 1900 :

« En fait de visiteurs, il n’y a que le cheikh des Kadriya de Guémar, Sidi Elhoussine ben Brahim, homme d’un certain âge, marabout vénéré, qui est devenu un véritable père pour nous. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné l’initiation et le chapelet des Kadriya. Il s’arrête toujours chez nous quand il vient à Eloued. Il lui est arrivé de passer à la maison 5 et 6 jours à la file. Il y a aussi Abdelkader ben Saïd, l’instituteur indigène qui vient nous voir. C’est tout. Nous avons fermé nos portes au monde, et nous n’allons chez personne à Eloued. Je vais de temps en temps à la grande zaouïya d’Amiche, ou chez Sidi Elhoussine à Guémar. C’est tout.

« Autrement je fais de longues promenades solitaires sur mon brave « Souf », qui devient décidément un excellent cheval, énergique et vite. Lundi dernier, il m’a été donné de participer à une des plus belles fêtes que j’aie jamais vues : la rentrée du grand marabout des Kadriya, Sidi Mohamed El-Hachmi ben Brahim, frère du Naïb qu’il avait accompagné à Paris. »

— On lira une esquisse de cette fête dans le récit « Fantasia », joint aux « Choses du Sahara ».

Dans une autre lettre d’Eloued, elle dit encore :

« A quoi bon le cacher ? J’ai une conviction intime — sans aucun fondement logique d’ailleurs, je crois que ma vie est désormais liée pour toujours au pays saharien et que je ne dois plus le quitter. Tout aussi bien que moi, tu connais ces intuitions, et comme elles nous enveloppent de certitude. »

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