Pas une ombre, pas une herbe, seulement deux ou trois maigres dattiers dans l’oued.

Affreux pays d’exil, où les imaginations d’un visionnaire appelleraient les phalanges de la mort. Jamais rien ne poussera dans ce vallon maudit. Quel misanthrope, quel amant surhumain de la solitude stérile, quel fou sublime du tombeau, consentirait à vivre ici, en face de ces collines de suie, dans ce cirque calciné et sans horizon ?

J’éprouve une impression de grandeur et de malaise : Ben-Zireg ressemble à ces pays funestes qu’on voit dans les mauvais rêves. Il y a quelque part, dans les Mille et une Nuits, un de ces paysages de basalte qu’habite un géant nègre enchaîné.

Le plus féroce caprice d’un halluciné d’opium n’imaginerait pas cette funèbre splendeur minérale.

La chaleur devient accablante. Des légions de mouches se collent sur nos yeux. Une haleine de four brûlant me prend à la gorge. — J’ai tendu les rênes de ma jument blanche dans un sentiment d’effroi, quand je suis entrée dans cette dernière vallée de la sécheresse…


Nous avons attendu le soir avec angoisse. Le jour s’est éteint en vapeur d’incendie. La redoute flambait comme un métal en fusion. Et pendant les courts instants d’avant la nuit, ce sombre coin de Ben-Zireg sembla beau, d’une saisissante beauté d’apothéose.

Puis, tout de suite, ce fut fini. Brusquement la nuit tomba, pleine, brumeuse, riche de mystère, et veloutée comme des ailes chaudes.

Nous couchons devant le café maure, sur une natte. — Je partirai avant le jour, pour garder de Ben-Zireg la dernière vision du soir.

EAU DE MENSONGE