Aujourd’hui l’étape sera longue. Nous en avons pour des heures à cheminer lentement, au pas régulier et patient de nos juments.

Depuis que nous sommes sortis du cirque de Ben-Zireg, la vallée, toujours la même, s’élargit ; çà et là un oued avec un peu de verdure et de beaux lentisques puis, de nouveau, de la poussière et des pierres à l’infini.

A Hassi-en-Nous, à mi-chemin, nous déjeunons et nous allons ensuite prendre le café chez les mokhazni du poste de Bel-Haouari, des nomades « Rzaïn » du cercle de Saïda, campés sous de légers gourbis.

On les prendrait facilement pour un « djich », ces braves gens qui, dans le désert, ont repris leurs burnous terreux de bédouins.

Au delà de Bel-Haouari[4], dans une perspective d’horizon incandescent, immensément ouvert, nous longeons une double chaîne de collines d’un aspect amusant et singulier. Comme il convient de s’instruire en voyage, je demande à mon compagnon le nom de cette architecture géologique.

[4] Pour suivre cet itinéraire on consultera avec intérêt la belle carte de l’Extrême-Sud de l’Algérie, partie occidentale, dressée à l’échelle de 1/800.000e et publiée, en 1904, par les soins du Gouvernement général de l’Algérie.

— Regarde bien, dit-il, et tu sauras pourquoi les gens d’ici disent les Bezaz el Kelba (mamelles de la chienne).

En passant, il me désigne encore du doigt une ligne noire dans la vallée ouverte comme une plaine : la palmeraie d’Ouagda.


Sous le flamboiement du soleil, déjà les perspectives commencent à se déformer. Impossible d’apprécier les distances : une sorte de vertige danse devant nos yeux et toujours, à droite et à gauche, ces fantastiques « bezaz el kelba ».