Les moindres variations de terrains influencent la lumière et sont pour ma vue des souffrances ou des repos.

Après la région des pierres s’ouvre une zone de sable pur. Pour la première fois dans le Sud-Oranais, je retrouve l’impression profonde éprouvée jadis à l’entrée d’autres régions sahariennes.

Je la reconnais dans toute sa splendeur, avec ses enchantements mornes et ses féeries, la terre qui se pâme dans une éternelle caresse solaire, sans aucune secousse volcanique, sans l’immense effort des montagnes.

Tout à coup, l’horizon oscille, les lointains se déforment et le sable roux disparaît. Une grande nappe d’eau bleue s’étale au loin, et des dattiers s’y reflètent.

L’eau miroite sous le soleil, d’une pureté infinie… Djilali se met à rire, en grand enfant qu’il est.

— Si Mahmoud, vois comme le srab (mirage) se moque de nous qui avons si soif ! Si nous n’avions que cette maudite eau de mensonge pour nous désaltérer, nous pourrions tirer la langue ou téter les mamelles de la chienne !

… Au bord du lac chimérique, une troupe de cavaliers rouges s’avance. Au-dessus des rangs serrés, un grand étendard écarlate flotte au vent… L’escadron passe et disparaît. — C’étaient des ânes qui rentraient à Ouagda, et c’était aussi la haute armature d’un puits saharien où le mirage avait accroché des lambeaux de pourpre.


L’arrivée à Béchar ravive ainsi en moi les souvenirs déjà lointains de l’Oued-Rir’ et des chotts salés, dans le Sud-Constantinois, autre pays de fièvre et de mirage.