Nous longeons de loin la palmeraie d’Ouagda, entre les petites tombes semées le long de la route. En face, une dune rousse, avec, au bas, une tache blanche : la redoute de « Collomb ».
Béchar, Taagda, Collomb, tous ces noms divers se sont confondus. En fait, Béchar est le nom du pays, comme il est celui de la montagne qui ferme l’horizon.
Taagda, c’est le ksar et la palmeraie supérieure au-dessus d’Ouagda.
Un nom dépaysé « Collomb » désigne le village en construction.
LE PARFUM DES OASIS
… Le lac mystérieux a disparu. Au loin, quelques flaques subsistent seules, lambeaux d’azur éparpillés dans les sables fauves. Mais déjà l’ombre de la palmeraie tente nos montures. Nous arrivons enfin sous les arceaux serrés des dattiers, et nos chevaux allongent leurs naseaux saignants vers de la vraie eau, en entrant à mi-jambe dans l’oued très large au milieu des joncs.
Quel soulagement, quelle joie toute physique, cette arrivée à l’ombre, où la brise est un peu fraîche, où nos yeux douloureux se reposent sur le vert profond des beaux palmiers, sur les grenadiers aux fleurs de sang et sur les lauriers-roses en touffes.
Après l’eau de mensonge, le goût de la vérité.
Nous nous étendons à terre, pour n’entrer à Béchar que vers le soir, après la sieste.
Djilali s’endort, et moi je regarde ce décor nouveau qui ressemble à d’autres que j’ai aimés, qui m’ont révélé le charme mystérieux des oasis. J’y retrouve aussi cette légère odeur de salpêtre, si spéciale aux palmeraies humides, cette odeur de fruit coupé qui pimente tous les autres parfums de la vie à l’ombre.