Retrouvé dans les fouilles, qui furent menées avec beaucoup de soin et d’attention par le lieutenant Pâris, ce manuscrit, après un séjour de plusieurs semaines dans la terre mouillée, était en partie détruit et très friable. Il ne présentait plus aucune suite. Pour en raccorder les fragments, nous avons été amenés, en reprenant toute la rédaction, à les relier entre eux par des réflexions empruntées à la correspondance d’Isabelle Eberhardt, à ses papiers, à ses cahiers de notes et le plus souvent librement inspirées de nos longues causeries et de notre collaboration fraternelle.
Nous avons cru devoir séparer des premières impressions générales du Sud-Oranais — écrites dans une manière plus objective — les pages marocaines de Kenadsa, et à cette suite nouvelle nous avons donné un titre nouveau : Dans l’Ombre chaude de l’Islam.
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On voit quelle a été dans ce livre notre part de collaboration.
Cette méthode de reconstitution était la seule qui nous permît de sauver d’un enterrement définitif les fragments de scènes sahariennes que nous avions entre les mains.
D’une façon générale, toute la documentation pittoresque et scénique du livre posthume est de l’écriture d’Isabelle Eberhardt. Nous avons, de plus, placé l’auteur dans son œuvre.
Les réflexions que nous lui avons prêtées sont celles qui expliquent sa vie et son caractère.
Cette « explication de sa psychologie » qu’elle nous demandait quelques jours avant sa mort, nous avons été amené à la fondre dans son propre texte et à faire revivre ainsi pieusement notre amie, en ressemblance à l’image que nous en avions gardée.
Il y a certainement dans cette manière de peindre un peu de roman, très peu.
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