On étend des tapis ; je suis chez moi. C’est là que j’habiterai… Dieu sait combien de temps.

Tandis que les nègres vont me chercher du café et de l’eau fraîche, mes yeux s’habituent à la pénombre, et j’examine mon logement — un peu au point de vue de la sécurité.

Un escalier étroit et raide, en pierre noire, conduit sur la terrasse. A gauche, un renfoncement profond, garni d’un brasero en fer servant à préparer le thé et dont la fumée s’échappe par un trou dans le plafond. Au milieu de la pièce, un petit bassin carré, et, au bord, une cruche en terre pleine d’eau : le nécessaire pour les ablutions. L’eau tranquille dans le bassin peut servir de miroir. Quatre colonnes faisant corps avec la muraille étayent le plafond. Au fond de la pièce, une porte en bois, au panneau peint, étale des fleurs naïves en couleurs éteintes.

Cette chambre des hôtes doit être très ancienne, car la toub des murs et les poutres du plafond ont pris une teinte d’un noir vert. Les colonnes, à hauteur d’homme, sont douces et luisantes, comme polies par le frottement des mains et des vêtements…

Après tant d’autres voyageurs, je m’assoupirai dans cette retraite.

VIE NOUVELLE

J’allais fermer les yeux quand Sidi Brahim, le marabout de Kenadsa, est entré. Il se tient debout devant moi, de forte corpulence, le visage marqué de variole avec un collier de barbe grisonnante. Ses gestes sont lents et graves, son sourire doux et avenant. Rien de farouche en lui. Il porte des vêtements très simples et très blancs sous un mince haïk de laine. Un gros turban rond roule sur une chéchia, le coiffe, sans voile encadrant la figure. Son type tient à la fois du marocain des villes, dont il a l’accent zézayant, et du ksourien du Sud.

Si Mohamed Laredj, neveu et homme de confiance de Sidi Brahim, l’accompagne.

Plus petit, mince sous ses voiles d’une blancheur neigeuse, il a, lui aussi, un visage doux, un sourire presque timide, mais des yeux intelligents et profonds, sans dureté.

Avec beaucoup de dignité, Sidi Brahim me souhaite la bienvenue, puis il me questionne sur un ton discret.