En réalité, où est la frontière ? où finit l’Oranie, où commence le Maroc ? Personne ne se soucie de le savoir.

Mais à quoi bon une frontière savamment délimitée ? La situation actuelle, hybride et vague, convient au caractère arabe. Elle ne blesse personne et contente tout le monde…


Trois ou quatre esclaves noirs nous reçoivent. Mon guide leur répète ce que Kaddour ou Barka lui a dit : je suis Si Mahmoud ould Ali, jeune lettré tunisien qui voyage de zaouïya en zaouïya pour s’instruire…

On me fait donc asseoir sur un sac de laine plié, par terre, pendant qu’on va avertir le marabout actuel, Sidi Brahim ould Mohamed, à qui je fais tenir une lettre d’introduction de l’un de ses khouans d’Aïn-Sefra.

Rangés contre le mur, les esclaves attendent, muets. Deux d’entre eux sont des kharatine. Jeunes, imberbes, ils portent la « djellaba » grise des Marocains et un chiffon de mousseline blanche autour de leur crâne rasé. Le troisième, plus noir, plus grand, en vêtements blancs, est un Soudanais, et son visage porte de profondes entailles au fer rouge. Tous trois sont armés de la koumia, le long poignard à lame courbe, à fourreau de cuivre ciselé, retenu par un beau cordon en fils de soie de couleur vive, passé en bandoulière.

Enfin, après un bon quart d’heure d’attente, un grand esclave noir, d’une laideur bizarre, avec de petits yeux vifs et ronds et fureteurs, vient baiser respectueusement les cordelettes de mon turban.

Il m’introduit dans une vaste cour silencieuse et nue, dont le sol s’abaisse en pente douce.

Déjà je respirais une atmosphère de paix un peu inquiétante. Cette succession de portes qui se refermaient sur moi ajoutait à la distance que je venais de parcourir.

Encore une petite porte basse, et nous entrons dans une grande pièce carrée qui ressemble à l’intérieur d’une mosquée. Le jour atténué s’y diffuse par une ouverture quadrangulaire dans un plafond fait de poutrelles disposées avec goût.