Presque tous ces esclaves possèdent des maisons au ksar, des jardins dans les palmeraies, même de petits troupeaux. Ils vendent la laine, la viande, les dattes, pour leur propre compte, mais ils restent astreints à travailler pour leurs maîtres.

Pour se marier, ils doivent demander l’autorisation du chef de la zaouïya, mais ils sont les maîtres chez eux, « caïds dans leur maison ».

Ils mènent ainsi une double existence d’hommes presque libres au dehors, et d’esclaves à la zaouïya, où les fonctions sont d’ailleurs distribuées assez vaguement.

PETIT MONDE DE FEMMES

Les femmes ici composent un petit monde à part avec sa hiérarchie.

Tout d’abord Lella (Madame).

La mère de Sidi Brahim a la charge de toute l’administration intérieure : dépenses, recettes, aumônes. On ne la voit jamais, mais on sent partout son pouvoir ; crainte et vénérée de tous, cette vieille reine-mère musulmane vit ici presque cloîtrée, ne sortant que rarement et haut voilée, pour se rendre aux tombeaux de Sidi Ben Bou-Ziane et de Sidi Mohammed, qui fut son époux.

Autour d’elle gravite tout un petit monde de femmes pâles, qui sont les épouses des marabouts. Plus bas, c’est le peuple des négresses, vierges, mariées, veuves ou divorcées.

Parmi ces femmes de couleur règne un grand relâchement de mœurs. Pour quelques sous, pour un chiffon, et même pour le plaisir, elles se donnent à n’importe qui, arabe ou nègre. Elles font ouvertement des avances aux hôtes et s’offrent avec une impudence inconsciente, drôle souvent.